Jeux et distractions des adultes dans le privé

Dans les pays méditerranéens, le soleil aidant, la vie des citadins, comme celle des paysans, se déroule essentiellement dehors. Nous verrons, dans la troisième partie, les distractions, fêtes, jeux qui réunissent la communauté des citoyens.

Dans la vie quotidienne, en ville, le premier plaisir est d'abord de rencontrer d'autres citoyens, de bavarder avec eux, de s'arrêter devant les boutiques et de regarder les artisans travailler , bref, de flâner et de faire le badaud. Seul, un être redoutable comme le sycophante (=dénonciateur professionnel) se tient à l'écart de cette vie pacifique (Démosthène, Contre Aristogiton).

Parfois aussi, une belle bagarre constitue le spectacle (Lysias, Contre Simon), à moins qu'un forain, un illusionniste quelconque ne retienne l'attention des passants (Athénée, Deipnosophites).

Comme les enfants, les adultes aiment les jeux : on s'amuse au yoyo, à la balançoire; à des exercices d'acrobatie, d'équilibre sur une outre pleine de vin (aux fêtes de Dionysos) ; on joue beaucoup à la balle et au ballon.

Les jeux de hasard ont la faveur de tous : les Lydiens prétendaient les avoir inventés ; on joue à pile ou face avec une coquille, blanche d'un côté et noire de l'autre ; à "pair et impair" avec des pièces de monnaie, des fèves ou des osselets (Platon, Lysis) et (Apollonios de Rhodes, Argonautiques) ; on joue également aux dés : le meilleur coup était celui "de Vénus" (trois fois six), le moins bon celui "du chien" (trois fois un). Un jeu très ancien ressemblait au jeu de tric-trac ou au jeu de l'oie; on a retrouvé en Crète, à Cnossos, une sorte d'échiquier (1m sur 0,58m) sur lequel se déplaçaient des pions.

Une grande distraction, aussi, résidait dans les combats d'animaux, surtout des combats de coqs à l'ergot desquels on attachait un éperon de bronze ; des paris s'engageaient sur le vainqueur comme aujourd'hui sur les chevaux.

Surtout, les Grecs, depuis la plus haute antiquité, ont pratiqué différents sports : course à pied, lutte, lancer du disque, tir à l'arc (Homère, Iliade), natation, aviron, course de chars dans l'hippodrome.

Enfin, la chasse et la pêche tenaient aussi une grande place. On chassait le sanglier et le cerf avec des pièges à fosse, mais surtout du petit gibier, comme les lièvres, que des chiens rabattaient vers des filets, et comme des oiseaux, qu'on attrapait avec des bâtons de glu, des collets, des pièges à ressort, des appeaux (Aristophane, les Oiseaux) et (Aristophane, les Oiseaux).

La pêche semblait un sport moins noble, exigeant plus de ruse que de qualités physiques et elle était plutôt réservée aux gens de métier; elle pouvait néanmoins constituer aussi une distraction et les moyens utilisés étaient assez semblables à ceux d'aujourd'hui : pêche à la ligne, filets, nasses variées ; pour les gros poissons, on employait le harpon ou le trident; le système du "lamparo" existait également.

A la fin d'une journée bien remplie par des activités politiques ou judiciaires ou par des activités sportives variées, les Grecs aimaient se réunir pour le repas du soir (deipnon) chez des amis. On s'invite souvent lors d'une rencontre sur l'agora, au retour d'un spectacle au stade ou au théâtre, parfois pour fêter un vainqueur (Platon, Banquet).

A ces "réunions de buveurs" (sumposia) n'assistent jamais les femmes (qui ont, lors de certaines fêtes religieuses comme les Thesmophories, des banquets réservés à elles seules).

Les convives arrivent au "sumposion" la tête en général couronnée de feuillage ou de fleurs (Platon, Banquet), portant parfois une longue guirlande sur la poitrine. Le "sumposion" se déroule en deux temps : d'abord le repas proprement dit, pour apaiser la faim ; puis (et c'est la partie la plus longue) l'absorption de boisson, accompagnée de toutes sortes de distractions. Après une libation, un hymne en l'honneur de Dionysos, on élit un "roi du banquet" qui doit fixer le nombre de coupes que chaque convive devra vider - sous peine de gages variés.

Quelles distractions animent cette seconde partie du festin ?

En général de la musique, des spectacles de danses ou mimes, des numéros d'acrobatie (Xénophon, Banquet), des jeux d'esprit (charades, portraits, des débats littéraires ou philosophiques - ou simplement des propos à bâtons rompus. Quand l'ivresse commence à envahir les convives, on joue au jeu du cottabe : il s'agit d'une libation, avec le vin qui reste au fond de la coupe, non plus en l'honneur du dieu mais de la personne aimée (Xénophon, Helléniques) ; on jette ces gouttes de vin non sur le sol mais en direction d'un but visé (plat ou coupe) ; on perfectionna même ce jeu d'adresse, devenu fort à la mode: il fallait viser de petites coupes flottant dans l'eau d'un vase par exemple... L'adresse du joueur, mais aussi l'élégance de son geste servaient à proclamer le vainqueur.

A Sparte, les syssities (repas en commun quasi obligatoires) étaient, eux, austères et dépourvus de tout divertissement....


Jeux et distractions La vie dans la cité et hors de la cité Musée Vivant de l'Antiquité