Du temps où je jouais à Epidaure.....


"Agamemnon" était un spectacle monumental avec vingt-quatre choreutes, tous masqués, chaussés de hauts cothurnes et revêtus de lourds péplums, six acteurs, masqués eux aussi et quelques figurants. [...] Je jouais dans le choeur et il fallait rester en scène deux heures et demie durant, chaussé de cothurnes aussi lourds que du plomb, sous un masque rigide percé de deux fentes pour les yeux et où la sueur inondait le visage.

Je me sentais sous cet attirail comme un soldat derrière le blindage d'un char, robot moderne égaré dans l'histoire des Atrides. Cette rigidité des costumes, cette pesanteur des masques et des cothurnes donnaient à tous nos gestes [...] la lenteur et le hiératisme de gros insectes s'apprêtant à des noces de sang et des rituels de mort.

J. Lacarrière, l'Eté grec, chap. VI


Le théâtre