Les lectures publiques sous l'Empire : RECITATIONES.


Les lectures publiques sont entrées dans l'usage de la vie littéraire et mondaine à l'époque de l'empereur Auguste (30 av. J.-C.- 14 ap J.-C.) (Suétone, Auguste) ; elles ont pris rapidement une place grandissante. (Pline le Jeune, Lettres) Elles consistaient, pour les auteurs, dans la lecture à haute voix (Recitatio) de leurs oeuvres nouvelles ou récentes. Elles sont devenues pour eux le moyen le plus commode de les faire connaître.

On lisait des poèmes, (Pline le Jeune, Lettres) des pièces de théâtre (Comédie et tragédie), des discours judiciaires ou politiques, (Pline le Jeune, Lettres) , des ouvrages d histoire etc. (Pline le Jeune, Lettres ) en général chez soi devant un parterre d'invités dont on attendait des conseils et surtout des louanges mais qui ne se montraient ni toujours attentifs ni toujours bien élevés. (Pline le Jeune, Lettres). Elles donnaient lieu à tout un cérémonial. (Pline le Jeune, Lettres) Certains se produisaient dans des lieux publics (Les Thermes par exemple), voire sur le Forum. On faisait des lectures publiques en toutes saisons, à toutes les heures du jour. Cette mode touchait presque tous ceux qui se piquaient d'écrire, parmi lesquels on compte des empereurs : Claude (41-54 ap. J.-C.) (Suétone, Claude) lut lui-même ou fit lire par un affranchi ses ouvrages historiques, Domitien (81-96 ap. J.-C.) (Suétone, Domitien) et Hadrien (117-138 ap. J.-C.) leurs poèmes. Auguste fut un auditeur assidu et bienveillant. (Suétone, Auguste)

Les lectures publiques ont rempli, semble-t-il, une double fonction sociale : elles permettaient aux auteurs d'échapper à la tyrannie et à l'arbitraire des libraires (Juvénal, Satires) qui organisaient aussi parfois des lectures publiques pour leurs protégés, et au pouvoir politique de contrôler la production littéraire et de tuer dans l'oeuf toute velléité séditieuse. Dans une Rome où la grande éloquence politique et judiciaire ne peut plus s'exprimer publiquement, la liberté de parole n'existe plus que dans les lectures publiques devant des cercles d'amis sûrs.

Quant à l'influence qu'elles ont eue sur la littérature latine, les avis sont partagés : un auteur comme Pline le Jeune (62-l20 ap. J.-C.) qui les a beaucoup pratiquées avec succès, leur attribue une influence bénéfique. (Pline le Jeune, Lettres) Avec le recul, les historiens de notre temps sont surtout sensibles à leurs effets pernicieux : en effet les auteurs n'ont plus en tête que le succès immédiat que leur procureront un passage brillant ou une formule frappante. Elles détournent des grands projets et stérilisent leur ambition. Dès le début le poète Horace avait pressenti ce danger. (Horace, Satires) Encore convient-il de nuancer ce jugement car Sénèque (2-65 ap. J.-C.), Tacite (35-120 ap. J.-C.), Juvénal (42-125 ap. J.-C.) et quelques autres attestent de la vitalité de la littérature latine au Ier siècle et dans la première moitié du second.

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