Lecture de plaidoyers


Vous me poussez à lire mon discours à un auditoire d'amis. Je le ferai puisque vous m'y poussez, mais non sans de grandes hésitations. Car je sais fort bien que les plaidoyers perdent à la lecture toute véhémence et toute chaleur, et presque le droit de porter leur nom puisque ce qui fait leur valeur et leur feu, c'est l'assemblée des juges, la présence de nombreux avocats, la curiosité sur leur issue la réputation des orateurs qui sont plus d'un, le partage des sympathies de l'auditoire entre les parties, sans oublier les mouvements de celui qui parle, ses allées et venues, son agitation enfin, et toutes les passions de son âme bien servies par sa vigueur physique. [...] Mais pour ceux qui lisent, ils renoncent de plus à ce qui sert si puissamment le débit, le mouvement des yeux, des bras. Rien donc de surprenant si l'attention des auditeurs se relâche quand elle n'est plus retenue par cet intérêt extérieur ni réveillée par ces aiguillons.

Pline le Jeune, Lettres II, 19


les lectures publiques