Opposition entre les goûts d'un public ignorant et stupide et ceux d'un poète.

Souvent une chose encore met en fuite et effraie le poète le plus audacieux : ces gens qui ont l'avantage du nombre, mais non point celui du mérite et de la considération, ignorants et stupides et prêts à faire le coup de poing si les chevaliers ne sont pas de leur avis, réclament, au beau milieu des vers, un ours ou des pugilistes ; tels sont en effet les spectacles favoris de la menue plèbe [...]

L'engouement de la plèbe et des chevaliers eux-mêmes pour les spectacles à grande mise en scène.

Le rideau demeure baissé quatre heures ou davantage pendant que défilent des escadrons de cavaliers, des bataillons de fantassins ; puis sont traînés, les mains liées derrière le dos, des rois et leur fortune, et se hâtent des essèdes (= chars gaulois à deux roues), des pilentes (= voitures utilisées par les dames les jours de fête), des pétorrites (= voitures à quatre roues qui transportaient esclaves et bagages), des navires ; on porte l'ivoire captif, Corinthe captive (= des vases de bronze de Corinthe). Démocrite (= célèbre philosophe grec, Ve-IVe siècles av. J.C.), s'il était encore de ce monde, rirait de voir l'animal qui mêle, par une double nature, la panthère au chameau ou bien un éléphant blanc attirer sur eux seuls les regards de la foule. Il contemplerait le public avec plus d'attention que les jeux mêmes, comme lui offrant un spectacle incomparablement plus varié.

Horace, Epîtres, II, 1, vers 182 sqq



Attitude des Romains à l'égard des spectacles