Passion d'Augustin pour le théâtre, source de plaisir.

Je me laissais ravir au théâtre, plein d'images de mes misères, et d'aliments propres à nourrir ma flamme.
Mais pourquoi donc l'homme veut-il s'apitoyer au spectacle d'aventures lamentables et tragiques : il ne voudrait pas lui-même les souffrir, et cependant, spectateur, il veut, de ce spectacle, éprouver de la, douleur, et cette douleur même est ce qui fait son plaisir. Qu'est-ce donc, sinon une pitoyable aberration ? Car notre émotion est d'autant plus vive, que nous sommes moins guéris de ces passions. pourtant, quand on pâtit soi-même, on appelle communément cela misère; et quand on compatit avec d'autres, miséricorde. Mais quelle est cette compatissance à propos de fictions scéniques ? Le spectateur n'est nullement provoqué à secourir autrui. Non, il est convié seulement à se douloir, et il goûte l'auteur de ces fictions à proportion de la douleur qu'il en reçoit. Et si la représentation de ces infortunes, antiques ou imaginaires, le laisse sans impressions douloureuses, il s'en va, le mépris et la critique à la bouche. Est-il douloureusement ému, il reste là, attentif et tout content.

Saint Augustin, Confessions, III, 2



Attitude des Romains à l'égard des spectacles