ATTITUDE DES ROMAINS A L'ÉGARD DES SPECTACLES


Il a déjà été plusieurs fois question, dans les fiches sur les spectacles, du rôle qu'ils avaient joué dans la vie des Romains et de la manière dont ils avaient été reçus. L'attitude des Romains à l'égard des représentations théâtrales et des spectacles du cirque, variable selon les époques, selon les exigences des publics ( la rusticité, voire la grossièreté des uns contrastant avec le raffinement des autres ) (Horace, Epîtres) n'est pas fondamentalement différente de celle des spectateurs français des siècles passés et du-nôtre. On se ruait aux divers spectacles pour le plaisir qu"ils procurent (Suétone, Auguste, Pline le Jeune, Lettres, Saint Augustin, Confessions, Saint Augustin, Confessions)et ils suscitaient un tel engouement, en particulier ceux du cirque et l'amphithéâtre, que la ville se vidait de ses habitants et que le pouvoir devait prendre des mesures de police pour protéger les habitations quasi désertes des entreprises des voleurs (Suétone, Auguste). Chacun d'entre vous peut faire les comparaisons qui s'imposent, en les nuançant, comme il se doit, avec ce qui se passe à notre époque. Les textes produits vous permettent de prendre connaissance des réactions des Romains, qu'ils parlent de leurs concitoyens ou d'eux-mêmes.
L'amphithéâtre mérite un traitement à part dans la mesure où son fonctionnement est spécifique de la civilisation romaine et où il suscite chez nous horreur et réprobation (Jérôme Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'empire, Roland Auguet, Cruauté et civilisation, les jeux romains). Nous avons vu que, substitués aux sacrifices humains de prisonniers de guerre, les premiers combats de gladiateurs avaient représenté un progrès. Mais dès le premier siècle av. J.C. ils ont pris une autre dimension. Pour éblouir leurs concitoyens, pour capter leurs suffrages, les hommes politiques ont donné des spectacles de plus en plus grandioses assurément mais aussi de plus en plus meurtriers et cruels. Le pli était pris et pendant plusieurs siècles, sous l'Empire, ils ont été un instrument de gouvernement. Si Tibère (14-37) par avarice, s'est abstenu souvent, tout en laissant faire d'autres grands personnages (Suétone, Tibère), Claude (41-54) y trouvait l'occasion de satisfaire sa cruauté (Suétone, Claude). Même un empereur philosophe comme Marc Aurèle (161-180) ne pouvait envisager de supprimer les jeux, répandus dans tout l'Empire. A son époque, ils étaient devenus plus sanglants encore. Y a-t-il eu des Romains pour s'élever contre ces spectacles ? Oui, sans doute, mais pour quelles raisons et jusqu'où sont-ils allés dans leur protestation ? Quel fut le rôle des chrétiens dans leur abolition ? C'est ce que nous essaierons de comprendre et de mettre en lumière.
Les historiens de notre époque ont montré que les spectateurs étaient devenus de plus en plus exigeants. L'espoir de vie des gladiateurs s'est amenuisé avec le temps : à la mort au combat s'est ajouté l'égorgement du vaincu. Il est rare sous Auguste (30 av.J.C.- 14 ap. J.C. et ne s'applique qu'à celui dont le public veut punir le manque de combativité ou la lâcheté ( un gladiateur périt en moyenne à son dixième combat ), il devient la pratique courante : à J'époque de Marc Aurèle, un gladiateur succombe à son troisième duel. On cite l'exemple d'un mécène du troisième siècle qui pour satisfaire le goût des spectateurs, n'a pas hésité à faire égorger tous les vaincus des onze paires qu'il avait fait combattre : il espérait ainsi accroître sa popularité et s'assurer un succès dans une élection locale. Pourquoi parce que les spectateurs aimaient voir comment le vaincu acceptait son sort. Ils observaient et scrutaient son visage à l'approche du moment fatal Celui qui ne montrait aucune émotion avait bien rempli son contrat. Il avait droit à l'admiration du public. Un gladiateur digne de ce nom mettait son point d'honneur à affronter la mort sans sourciller, ce à quoi il s'était entraîné dans sa caserne-école. Il nous est difficile de comprendre pourquoi un spectacle si horrible exerçait une telle fascination non seulement sur les Romains mais sur les peuples chez qui ils avaient transporté ces jeux. Certains s'y sont essayés et ont esquissé des explications.
Il arrivait parfois que le peuple, saisi d'un mouvement de pitié, se lassât du spectacle, même quand il mettait en scène seulement des bêtes ( ). Nous savons que des Romains en petit nombre et objet de mépris pour cela, manifestèrent leur dégoût et leur réprobation. Des écrivains célèbres ont exprimé aussi leur hostilité à l'égard de ce que se passait dans l'arène S'ils admirent les gladiateurs pour leur courage, présenté comme un modèle dont on pourrait s'inspirer pour régler sa propre vie morale, ils les méprisent en même temps - ces combattants font partie de la lie de la population. Assister à un combat c'est perdre un temps précieux, qu'on pourrait consacrer à des tâches plus utiles et plus nobles, c'est courir aussi le risque d'être contaminé.


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