les spectateurs étaient exposés à un grand danger

Une catastrophe imprévue, que l'auteur n'hésite pas à comparer à u n désastre comme ceux que causent de grandes guerres

Un certain Atilius, d'une famille d'affranchis, avait entrepris de construire à Fidènes un amphithéâtre pour y donner un spectacle de gladiateurs, mais il n'établit pas les fondations sur un sol ferme et négligea d'assujettir à l'aide de solides crampons la superstructure de bois, et cela parce qu'il avait entrepris cette affaire non point parce qu'il était riche ni pour assurer sa popularité dans la petite ville mais pour en retirer un vil profit. Une foule accourut, de gens avides de tels spectacles, sevrés comme ils l'étaient de plaisirs sous le règne de Tibère : hommes et femmes pareillement, gens de tout âge, d'autant plus nombreux étant donné la proximité de l'endroit. Ce qui rendit le désastre plus lourd : l'édifice, se, trouvant surchargé, puis disloqué et s'effondrant sur lui-même et vers l'extérieur, précipita dans le vide ou écrasa un nombre immense d'êtres humains en train de contempler le spectacle ou bien stationnant à l'entour.

Ceux d'entre eux qui, dès le début de l'effondrement, avaient été frappés à mort, étant donné le sort qui les attendait, échappèrent aux souffrances; plus à plaindre furent ceux qui, une partie de leur corps arrachée, n'avaient pas encore fini de vivre; ceux-là cherchaient à se faire reconnaître de leurs femmes ou de leurs enfants, du regard pendant le jour, de leurs hurlements ou de leurs gémissements pendant la nuit. Et le reste de la population, venu à la nouvelle de ce malheur, pleurait qui un frère, qui un proche, un autre ses parents. Et même ceux dont les amis ou les intimes étaient absents pour quelque autre raison avaient peur, malgré tout, et, aussi longtemps que l'on ne sut pas avec certitude qui le désastre avait frappé, la crainte fut rendue plus générale en raison de l'incertitude où l'on était

Dès que l'on eut commencé à déblayer les décombres, on se rua vers les cadavres pour les prendre dans les bras, leur donner des baisers; et souvent il y avait dispute si un visage était peu reconnaissable mais si une ressemblance, dans l'aspect général ou l'âge, avait provoqué une erreur de la part de ceux qui cherchaient à reconnaître le mort. Cinquante mille personnes furent rendues infirmes ou écrasées dans cette catastrophe; et il fut décidé, par un sénatus-consulte, que personne ne pourrait donner un spectacle de gladiateurs s'il avait une fortune inférieure à quatre cent mille sesterces et qu'il serait interdit de construire un amphithéâtre ailleurs que sur un sol d'une solidité éprouvée. Atilius fut envoyé en exil. Mais, tout de suite après la catastrophe, les maisons des grands s'ouvrirent, des pansements, des médecins offerts et la Ville, pendant ces jours-là, quelque triste que fût son aspect, se révéla pareille aux traditions des anciens lorsque, après de grandes batailles, ils aidaient les blessés, par leurs dons et les soins qu'ils leur prodiguaient.

Tacite, Annales, IV, LXII et LXIII (Traduction Grimal, La Pléïade)


Les Lieux où se déroulent les spectacles