Térence dénonce les causes de l'échec des deux premières représentations de sa pièce.


La première fois que j'entrepris de jouer cette pièce, la renommée d'une troupe de pugilistes, l'arrivée d'un cortège, le bruit, les cris des femmes m'obligèrent à prendre la porte avant la fin. J'entrepris d'avoir recours pour cette pièce nouvelle à une pratique ancienne, celle de tenter encore une épreuve : je la rejoue.

Au premier acte, succès ; lorsque, entre-temps, le bruit court que l'on va donner un spectacle de gladiateurs. Le peuple y vole; on se bouscule, on crie, on se bat pour une place : et c'est moi qui, pendant ce temps, n'ai pu sauvegarder la mienne.

Aujourd'hui, il n'y a, pas de désordre, il y a le calme et le silence ; le temps nécessaire à la représentation m'a été donné ; et il vous est donné de relever l'éclat des jeux scéniques.

Ne veuillez point permettre que, par votre faute, l'art poétique se réduise à un petit nombre d'auteurs : faites en sorte que votre autorité serve à la mienne d'encouragement et de secours...

Laissez-moi obtenir pour le poète, qui a confié à ma garde le fruit de ses soins et soi-même à votre impartialité, de ne pas devenir l'objet des moqueries d'adversaires injustes après avoir été injustement pris au piège.

Sa cause, à cause de moi, faites-la vôtre, et accordez-nous le silence, afin que d'autres poètes prennent goût à écrire et que j'aie intérêt à apprendre des pièces nouvelles, que j'achèterai de mon bel argent.

Térence, Hécyre, 2d prologue (celui de la troisième représentation), traduction Guastalla et Lescale.


Le théâtre