Le théâtre à surprises de Curion.


Gaius Curion, qui, pendant la guerre civile, mourut dans les rangs césariens, pour les jeux offerts à l'occasion des funérailles de son père... fit construire côte à côte deux théâtres de bois très grands en équilibre et de même niveau, tournant chacun sur un pivot, et dans lesquels à la fois, le matin, il faisait représenter des pièces de théâtre, en les adossant l'un à l'autre, pour que le bruit d'une des scènes ne nuisît pas à la seconde.

Dans la dernière partie du jour, on les faisait tourner tout à coup pour qu'ils se fissent face, tandis que les fonds se séparaient et que les extrémités des demi-cercles se réunissaient ; il obtenait ainsi un amphithéâtre, et il y donnait des spectacles de gladiateurs ; mais le peuple romain, qu'il faisait ainsi tourner y courait lui-même plus de dangers que les gladiateurs. Voilà donc le peuple romain tout entier, comme s'il était embarqué sur deux vaisseaux, qui, soutenu par deux pivots, assiste au spectacle de ses propres dangers de mort, destiné qu'il est à périr si un mouvement quelconque fausse ces machines....

II mit de la variété dans sa magnificence une fois que les pivots eurent été fatigués et endommagés ; et, tout en conservant la forme d'un amphithéâtre, le dernier jour, sur les deux scènes opposées l'une à l'autre au centre, il donna des représentations athlétiques ; puis, après avoir fait au contraire tout à coup enlever les estrades, ce même jour il présenta au peuple ceux de ses gladiateurs qui avaient été vainqueurs les jours précédents.

PLINE L'ANCIEN ; XXXVI, 116, traduction Guastalla et Lescale.


Le théâtre