Un auteur de mimes se plaint d'avoir été contraint de monter sur la scène.


La nécessité, qui se met en travers de notre route, et dont tant de gens ont voulu, mais dont si peu ont pu éviter l'assaut impétueux, où m'a-t-elle précipité presque à l'heure de perdre le sentiment ! Moi, que nulle intrigue, nulle largesse jamais, nulle intimidation, nulle violence, nulle influence n'ont pu dans ma jeunesse faire déchoir de mon rang, voyez avec quelle facilité dans ma vieillesse, a pu m'en faire descendre un homme supérieur, avec une parole prononcée dans une intention clémente, dite sur un ton paisible et plein de caresses En effet, celui à qui les dieux eux-mêmes n'ont rien pu refuser pourrait-on supporter que moi qui ne suis qu' un homme, je lui refuse quelque chose ? Moi, après avoir vécu deux fois trente ans sans aucune atteinte à mon honneur sorti chevalier romain d'auprès de mes Lares, chez moi je retournerai mime. A coup sûr, j'ai trop vécu d'un jour.

Fortune, toi qui ne connais de bornes non plus dans le bien que dans le mal, s'il t'était venu le caprice de faire servir mon talent littéraire à découronner ma réputation de ses fleurs, pourquoi, lorsqu'en pleine force je jouissais de toute la verdeur de mes membres, quand je pouvais donner satisfaction et au peuple et à un tel homme, n'est-ce pas alors que tu m'as plié, flexible que j'étais, pour me cueillir ? C'est donc maintenant que tu me jettes à terre ? Dans quel dessein ? Qu'est-ce que j'apporte sur la scène. la beauté du visage ou un extérieur imposant ? L'énergie de l'âme ou le son d une voix agréable ? De même que le lierre rampant tue les forces des arbres ainsi la vieillesse m'achève sous l'étreinte des ans : comme une tombe, je ne garde plus qu'un nom.

Labérius, apud Macrobe, Saturnales, II, 7, traduction Guastalla et Lescale.


Le théâtre