Le théâtre


L'institution des jeux scéniques à Rome remonte, selon la tradition, à 364 av. J.C. (Tite Live) Elle est d'origine étrusque. A l'occasion des fêtes populaires, qui rythment l'année, s'étaient déjà développés des spectacles qu'on peut apparenter à la farce. ils étaient grossiers, voire obscènes , chants fescennins, atellanes (les acteurs sont très typés, ils improvisent sur un canevas comme dans la comedia dell arte), satires (mélanges de parties parlées, de mimes, de danses), manifestation certaine de l'exubérance et de la joie de vivre des participants.

A cette tradition du terroir vont se substituer, sans l'évincer complètement, sous l'influence des Grecs avec lesquels les Romains sont dès longtemps au contact dans l'Italie du sud et en Sicile, les pièces de théâtre qui nous sont plus familières, les tragédies et les comédies.

La tragédie

Les tragiques, Livius Andronicus, Naevius, entre 240 et 200, Ennius, dans les trente premières années du 3ème siècle av. J.C., imitent tous trois les Grecs. On distingue deux sortes de pièces, celles dont le sujet est emprunté aux légendes et à l'histoire grecques (fabulae palliatae = pièces dont les acteurs portent le pallium, manteau grec) et celles qui traitent d'un sujet romain (fabulae togatae = pièces où les acteurs portent la toge prétexte ). Il ne nous reste de ces oeuvres que des fragments, trois cents vers pour Ennius.

Plusieurs auteurs, dont le plus grand et le plus célèbre est Accius (170-85 av. J.C.) illustreront et enrichiront le genre, qui subira une éclipse presque totale jusqu'à ce que le philosophe Sénèque écrive au Ier siècle ap. J.C., des tragédies imitées d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide, par exemple Agamemnon, les Phéniciennes, les Trovennes, Médée, Phèdre ), qu'on représente encore de nos jours.

La Comédie

Elle est représentée essentiellement par deux très grands auteurs, Plaute (vers 254-184 av. J.C.) et Térence ( vers 190/185-159 av J.C.)Du premier nous sont parvenues vingt pièces, du second, mort jeune, seulement six.

Les sujets s'inspirent de ceux qu'illustre, chez les Grecs, la comédie moyenne ou nouvelle, dont le principal représentant est Ménandre, très différente de l'ancienne (Aristophane).

Il arrive que Térence s'inspire de deux pièces grecques pour composer une comédie ( procédé. dit de la contamination ).

Si la vie de Plaute est un véritable roman, celle de Térence, dans l'entourage de hauts personnages cultivés, plus unie et plus calme, ils ont eu à lutter tous deux contre un public ignare et inculte, grossier et turbulent et quelquefois aussi (Térence), contre des concurrents jaloux et mal intentionnés. (Térence)

Semblables dans leur composition (un prologue suivi de plusieurs actes comportant eux-mêmes plusieurs scènes), elles différent par la conduite de l'action, assez lâche chez Plaute, habile et rigoureuse chez Térence. Les personnages sont empruntés à la tradition (jeune premier en conflit avec son père, dont il convoite les biens pour satisfaire ses plaisirs et qu'il cherche à gruger, jeune fille pleine de réserve, père sévère et tyrannique qui a oublié sa folle jeunesse, esclave insolent qui met ses talents au service de son jeune maître, courtisane distinguée et habile, marchand d'esclaves cupide et brutal etc.) La peinture qu'en fait Térence est plus fine, plus délicate et plus nuancée.

Ces comédies d'intrigue, de caractère et de moeurs à la fois ont plus de vérité humaine chez Térence mais la force comique de Plaute est incontestablement plus grande : il fait rire aux éclats alors que Térence, plus retenu, fait seulement sourire.

Ces pièces, écrites en vers variés, comportent des parties parlées et des parties chantées, qui tiennent une plus grande place chez Plaute.

L'évolution rapide de Plaute à Térence a désorienté le public populaire mais séduit les milieux aristocratiques au goût plus raffiné. Lisez l'Avare et l'Amphitryon de Molière et vous n'aurez pas de mal à voir ce que ces deux pièces doivent à l'Aulularia ( La Marmite ) et à l'Amphitryon de Plaute.

L'organisation matérielle

Les lieux.

Les représentations théâtrales ont été données pendant très longtemps dans des installations temporaires en bois. (PLINE L'ANCIEN) C'est. Pompée, général et homme politique de premier plan à la fin de la République qui a construit le premier théâtre en pierre, en 55 av. J.C.. D'une capacité de 27000 places assises environ.

Deux autres théâtres, édifiés à la fin du 1er siècle av. J.C. ont respectivement 7700 et 14000 places assises. On est loin à la fois du Circus Maximus et des plus grands théâtres de notre époque. Il est paradoxal que des monuments de cette importance aient. été construits à Rome et dans tout le monde romain à l'époque où la création était tarie et où la faveur du public n'allait plus qu'à des formes dégradées de la tragédie comme la pantomime, ou de la comédie, comme le mime. (Labérius) (Apulée)

Pour la forme, le théâtre romain s'inspire au début des édifices grecs mais il n'est pas adossé à une colline et il a pris rapidement un aspect original. Il pouvait être couvert d'une toile destinée à protéger les spectateurs du soleil, les représentations ayant. lieu à ciel ouvert. Il existe aussi des théâtres couverts (Odéon).

Le spectacle, les acteurs

L'organisation des spectacles est confiée par le magistrat responsable à un chef de troupe qui a acheté la pièce à jouer. Les acteurs, uniquement des hommes pendant très longtemps - le métier est déconsidéré (Tacite) - sont soit d'origine servile soit des affranchis : sauf pour la satire et l'atellane, les citoyens étaient en effet interdits de scène et ils perdaient leurs droits s'ils passaient outre à cette interdiction.

Comme chez les Grecs, les acteurs portaient, à partir du 2ème siècle av. J.C., des cothurnes (chaussures à semelle très épaisse qui rehaussent la taille de l'acteur) et des masques, dont l'expression était adaptée à la situation heureuse ou malheureuse dans laquelle se trouvait le personnage, à tel ou tel moment de l'action.

Les masques ont aussi la propriété d'amplifier la voix. Au cours de la représentation, qui a lieu au début de l'après midi, avant le repas principal (cena) vers quinze/seize heures, les acteurs sont. exposés aux caprices d'un public parfois violent. Par précaution, le chef de troupe engage une claque vigoureuse. Les bagarres sont nombreuses. Le spectacle est gratuit et tout le monde (hommes, femmes enfants, esclaves ) y a accès.


Spectacles Jeux et distractions