Nécromancie ou évocation des morts.

Il faut donner une place particulière à ce genre d'évocation et, d'abord, ne jamais oublier la place que tenaient les morts parmi les vivants : vivants et morts entretiennent une familiarité permanente ainsi qu'un dialogue constant. Les tombeaux sont l'objet d'une protection sacrée de la part de nombreux dieux et déesses, particulièrement d'Hécate. Or celle-ci est par excellence la déesse de la magie et de la sorcellerie (cf. infra).

On conçoit donc que le monde des sorciers soit en contacts étroits avec le monde des morts. S'il s'agit d'un décès prématuré, d'un accident (le plus souvent une noyade) ou d'un meurtre, leur désespoir de n'avoir pu accomplir une vie complète peut les faire devenir malfaisants envers les vivants : par exemple la victime d'un meurtre peut poursuivre son meurtrier (Platon, Lois, Horace, Épodes). Il faut donc multiplier les sacrifices pour les apaiser. D'autre part ils se laissent facilement mobiliser par les moyens de la sorcellerie et de la magie pour intervenir auprès des divinités infernales et servir les desseins des vivants : ce sera là une façon de rester encore actifs, et d'accélérer, par exemple, la punition d'un méchant sans attendre, comme on le voit dans le mythe d'Er l'Arménien au livre X de La République de Platon le châtiment aux Enfers...

Les morts sont donc considérés comme des esprits magiques, ce qui explique que les opérations de sorcellerie se déroulent le plus souvent près des tombeaux, dans les cimetières (Horace, Épodes). Une parcelle du cadavre (os, cheveu), un objet lui ayant appartenu, un peu de terre de la tombe suffisent à "prendre possession" du mort, qui sera contraint de laisser son fantôme agir dans le sens qu'on lui aura indiqué. Parfois même c'est un cadavre que l'on ressuscite pour le faire parler (Héliodore, Théagène et Chariclée).

De toute façon, les morts peuvent souvent donner aux vivants de bons conseils : il suffit d'aller les consulter... C'est même l'objet propre de la nécromancie qu'il ne faut pas confondre avec une descente aux Enfers, telle qu'on la voit dans l'Énéide de Virgile (livre VI) ou dans la Divine Comédie de Dante. Les rites qui précèdent cette évocation sont extrêmement précis : offrande de libations (vin, eau, miel, lait ou huile), d'animaux choisis, destinés aux dieux infernaux (Eschyle, Les Perses). Rarement l'évocation exige un sacrifice humain ; il faut tout de même signaler celui de Polyxène, fille de Priam et d'Hécube, pour attirer l'aide du fantôme d'Achille (Euripide, Hécube). Après ces préliminaires, on peut demander conseil aux morts pour connaître l'avenir ; c'est ce qui se passe dans la Nékuia au chant XI de l'Odyssée (Homère,Odyssée) ou dans Les Perses, la pièce d'Eschyle ; ou leur demander une vengeance : c'est le cas d'Électre (Eschyle, Les Choéphores). Mais, dans tous les cas, il faut noter le caractère secret, quasi clandestin, de la procédure et, d'autre part, le but poursuivi : il s'agit de maîtriser l'avenir.


La magie dans l'antiquité