Comment on force un mort à ressusciter

La lune, qui venait de se lever, illuminait la terre d'une vive clarté.[...} La vieille mère, pensant que nul ne la dérangerait ni ne la verrait, commença par creuser un trou dans la terre. À droite et à gauche elle alluma deux foyers, entre lesquels elle déposa le corps de son fils (tué au cours d'une bataille). Puis elle prit successivement sur un trépied placé à côté trois coupes d'argile, qu'elle vida dans le trou : l'une était remplie de miel, la seconde de lait, la troisième de vin. Elle prit ensuite un gâteau de farine qui figurait un homme, le couronna de laurier et de fenouil et le jeta dans le trou. Enfin elle ramassa une épée, et, agitée de mouvements frénétiques, adressa à la lune des invocations dans une langue barbare et étrange. Elle se fit une incision au bras, recueillit le sang avec une branche de laurier et en aspergea le foyer. Après d'autres pratiques non moins étonnantes, elle se pencha sur le cadavre de son fils et lui murmura à l'oreille je ne sais quelles incantations, et cette sorcière parvint à le réveiller et à le faire se dresser sur ses pieds.

(Elle l'interroge mais il répond seulement par un signe de tête et s'effondre à nouveau)

Elle retourna le corps sur le dos et, loin de renoncer à obtenir une réponse claire, elle réitéra avec plus de force encore les moyens de contrainte qu'elle avait employés, le harcelant de ses incantations, et bondissant l'épée à la main, tantôt vers le feu, tantôt vers la fosse. Elle le réveilla une seconde fois et, quand il se fut dressé, elle lui posa la même question et le contraignit à répondre non point par des signes équivoques, mais par des paroles claires.

Héliodore, Théagène et Chariclée, VI, XIV, 2-XV, 5



Nécromancie ou évocation des morts