Atossa, veuve de Darius, alertée par un songe, veut invoquer l'ombre de son défunt mari.

Pour moi, aujourd'hui, tout est plein d'effroi : à mes yeux se révèle l'hostilité des dieux ; à mes oreilles monte une clameur mal faite pour guérir ma peine si grande est l'épouvante qui terrifie mon coeur ! C'est pourquoi je reviens du palais ici, sans char, sans mon faste passé, afin d'apporter au père de mon fils les libations apaisantes aux morts que mon amour lui offre : le doux lait blanc d'une vache que le joug n'a point souillée, le miel brillant que distille la pilleuse de fleurs, jointe à l'eau qui coule d'une source vierge ; et ausi cette pure et joyeuse liqueur, sortie d'une mère sauvage, d'une vigne antique ; ce fruit odorant de l'olivier blond, dont le feuillage vivace s'épanouit en toute saison ; et des fleurs en guirlandes, filles de la terre fertile. Allons, amis, sur ces libations offertes à nos morts, faites retentir vos hymnes : évoquez le divin Darios, tandis que je dirigerai vers les dieux infernaux ces hommages que boira la terre.

Eschyle, Les Perses, v. 603-622.



Nécromancie ou évocation des morts