Thésée échappe de peu au poison de Médée

À ce moment, venait d'arriver Thésée, jusque là inconnu de son père et dont la valeur avait pacifié l'Isthme battu par deux mers. Pour le perdre, Médée compose un mélange où elle fait entrer l'aconit qu'elle avait jadis apporté des bords de la Scythie. Ce poison a pris naissance, dit-on, entre les dents du chien d'Échidna (= Cerbère) ; il est une caverne dont d'épaisses ténèbres obscurcissent l'entrée et une route en pente par où le héros de Tirynthe, malgré la résistance de Cerbère [...] le traîna dehors avec une chaîne aux anneaux d'acier ; excité par une colère furieuse, le monstre fit retentir les airs de ses triples aboiements à la fois et répandit sur la verdure des champs des gouttes d'écume toutes blanches ; elle épaissirent, croit-on, et, trouvant un aliment dans le sol riche et fécond, y développèrent leur vertu funeste ; de là des plantes vigoureuses qui, parce qu'elles poussent sur de durs rochers, ont reçu des paysans le nom d'aconits (1); trompé par son épouse, Égée présenta lui-même ce poison à son fils, comme à un ennemi. Thésée, sans se douter du péril, avait pris dans sa main la coupe qui lui était offerte, lorsque son père reconnut sur la garde en ivoire de son épée la marque de la famille et repoussa loin de sa bouche le breuvage criminel ; Médée échappa à la mort au milieu d'un nuage, amassé par ses enchantements.

(1) du grec akonè, pierre à aiguiser.

Ovide, Métamorphoses, VII, v. 403-424



les pratiques de la magie dans la littérature grecque