Une descente au royaume des morts

"Le mage commença par me baigner pendant vingt-neuf jours à compter de la nouvelle lune dans l'Euphrate, où il me conduisait le matin ; en même temps il récitait au soleil une longue tirade que je n'entendais pas beaucoup ; car, comme les mauvais hérauts dans les jeux, il parlait avec volubilité et d'une manière indistincte ; cependant il avait l'air d'invoquer certains démons. Après l'incantation, il me crachait trois fois au visage et s'en retournait sans regarder personne des gens qu'il rencontrait. Pour nourriture, nous avions des fruits et, pour boisson, du lait, un mélange de lait et de miel et l'eau du Choaspès, et nous couchions sur l'herbe en plein air. Quand il jugea que ce régime préparatoire avait assez duré, il m'emmena à minuit sur les bords du Tigre, me lava, m'essuya, me purifia avec des torches, des scilles et plusieurs autres ingrédients tout en murmurant sa fameuse incantation. Puis, lorsqu'il m'eut enchanté tout entier en tournant autour de moi, pour empêcher les fantômes de me faire du mal, il me ramena, ainsi préparé, à son logis, en me faisant marcher à reculons ; puis désormais nous nous occupâmes de la traversée. [...]

Le jour commençait à paraître lorsque, étant descendus au bord du fleuve, nous nous mîmes à appareiller. On lui avait préparé un canot, des victimes, du lait mêlé de miel et tout ce qui sert aux initiations. [...] Pendant un certain temps, nous nous laissons aller au courant ; nous entrons ensuite dans le marais et dans le lac où l'Euphrate disparaît. Après l'avoir traversé nous arrivons dans un endroit désert, boisé, sans soleil. [...] Nous creusons une fosse, nous égorgeons les brebis et nous répandons le sang sur les bords. Cependant le mage, tenant une torche allumée, invoque, non plus à voix basse mais en criant de toutes ses forces, tous les démons à la fois et les Peines et les Érinyes "et la nocturne Hécate et la redoutable Perséphone" [Odyssée, XI, 47] et mêle à ses invocations des mots barbares indistincts, longs de plusieurs syllabes. À l'instant, tout est secoué autour de nous et le sol s'entrouvre sous l'incantation ; on entend au loin l'aboiement de Cerbère ; une morne tristesse est répandue partout..."

Lucien, Ménippe, 12-22 (trad. Chambry)



les pratiques de la magie dans la littérature grecque