"Mes charmes, ramenez Daphnis de la ville"

D'une triple couleur, je ceins ton effigie
Et trois fois la promène autour de cet autel ;
Trois fois, c'est que le Dieu goûte le nombre impair.

Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville.
Nouez, Amaryllis, ces couleurs de trois noeuds ;
Faites vite, en disant : Par Vénus, je te lie.

Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville.
Comme fond cette cire et durcit cette argile,
Et par le même feu, tel mon coeur pour Daphnis :
Répands cette farine ; enflamme ces lauriers ;
Je brûle en les brûlant ce Daphnis qui me brûle. [...]

Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville.
le perfide, en fuyant, m'a laissé, tendres gages,
Ces hardes, que je mets moi-même sur le seuil.
Je te les livre, ô Terre : ils me doivent Daphnis.

Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville.
Ces herbes, ces poisons cueillis dans la Colchide,
Fertile en tels produits, Moeris me les donna.
Je l'ai vu bien souvent se transformer en loup,
Fuir dans les bois, tirer les âmes des sépulcres,
Et porter les moissons d'une terre dans l'autre.

Mes charmes, ramenez mon Daphnis de la ville.
Emporte, Amaryllis, ces cendres, jette-les
Dans l'eau, derrière toi, sans retourner la tête.
J'attaque ainsi Daphnis.....

Virgile, Bucoliques, VIII, v. 74-104 (trad. P. Valéry)



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