L'affreuse Canidie

J'ai vu de mes propres yeux marcher d'un pas ferme, dans une ample robe noire retroussée, Canidie, les pieds nus et les cheveux épars, hurlant avec l'aînée des Saganas 4 ; leur pâleur les rendait l'une et l'autre effrayantes à voir. Elles se mirent à gratter la terre de leurs ongles et à déchirer de leurs dents une agnelle noire ; le sang imbiba la fosse, car elles voulaient ainsi évoquer les mânes, les esprits qui leur donneraient des réponses. Il y avait aussi une figurine de laine, une autre de cire ; la plus grande était celle de laine, faite pour châtier la plus petite, celle de cire, qui se tenait dans l'attitude des suppliants, comme déjà au moment de périr par une peine servile. L'une des sorcières invoqua Hécate, l'autre la cruelle Tisiphone ; on aurait pu voir errer les serpents et les chiens infernaux, et la lune rougeoyante, refusant d'être témoin de ces horreurs, se cacher derrière les hauts sépulcres.

Horace, Satires, I, 8, v. 23-36


4 autre sorcière



Les pratiques de la magie dans la littérature latine