Un horrible sacrifice

Lorsque [...] l'enfant fut là, immobile, dépouillé de ses insignes, corps impubère et tel qu'il eût pu attendrir le coeur des Thraces, Canidie, les cheveux entrelacés de courtes vipères sur sa tête décoiffée, ordonne que des figuiers sauvages arrachés des tombeaux, ordonne que des cyprès funèbres et, trempés dans le sang du crapaud hideux, les oeufs et la plume du hibou nocturne, que des herbes venues d'Iolcos et de l'Hibérie, féconde en poisons, et des os dérobés à la gueule d'une chienne à jeun soient brûlés sur des flammes de Colchide. [...] Sans qu'aucun remords l'arrêtât, Véia, d'un dur hoyau, creusait le sol en haletant sous l'effort, pour que l'enfant, enseveli là, pût mourir au spectacle d'une nourriture changée deux ou trois fois au cours d'une longue journée, émergeant du visage comme le nageur suspendu sur l'eau ne la dépasse que du menton : ainsi en prélevant sa moelle et son foie desséchés, on en composerait un breuvage d'amour, quand une fois ses prunelles attachées sur les mets interdits se seraient éteintes.

Horace, Épodes, V, v. 12-40



Les pratiques de la magie dans la littérature latine