Tisiphone sert la vengeance d'Héra

L'implacable Tisiphone saisit une torche trempée dans le sang, revêt un manteau qu'un flot de sang a rougi, entoure sa taille d'un serpent, qui s'y enlace, et sort de sa demeure. À ses côtés marchent le Deuil, l'Effroi, la Terreur et la Folie au visage grimaçant. Elle s'était arrêtée devant le seuil du fils d'Éole (= Athamas) ; les portes tremblèrent, dit-on, leurs battants d'érable perdirent leurs couleurs ; le soleil refusa sa lumière au pays. Ces prodiges remplirent de terreur l'épouse d'Athamas ; il en fut terrifié lui-même ; ils se préparaient à fuir de leur demeure ; devant eux se dresse la funeste Érinys qui leur barre le chemin et qui, étendant ses bras, où des vipères ont enroulé leurs noeuds, secoue sa chevelure ; [...] du milieu de sa chevelure elle arrache deux serpents qu'elle lance brusquement de sa main néfaste ; ils errent sur le sein d'Ino et d'Athamas et y soufflent leur haleine empestée ; ils ne font subir aucune blessure au corps des deux époux ; mais leur âme reçoit de terribles atteintes. L'Érinys avait apporté aussi avec elle des poisons fluides et merveilleux : l'écume de la gueule de Cerbère, le venin d'Échidna, la folie qui fait divaguer, l'oubli qui aveugle la raison, le crime, les larmes, la rage, la passion du meurtre, le tout broyé en un seul mélange ; après l'avoir détrempé avec du sang frais, elle l'avait fait bouillir dans les flancs d'un vase de bronze, en le tournant avec une tige de ciguë encore verte ; tandis que ses deux victimes sont saisies d'épouvante, elle verse dans leur poitrine ce poison qui met l'âme en fureur et elle trouble leur coeur jusqu'au fond. Puis, faisant tournoyer sa torche à plusieurs reprises, elle décrit rapidement un cercle où la flamme suit la flamme. Alors, triomphante, certaine d'avoir rempli sa mission, elle retourne au séjour des ombres, royaume du grand Dis, et dépose le serpent dont elle avait entouré sa ceinture.

(Rendus fous, Athamas tue son fils aîné et Ino se précipite dans la mer avec son second fils, bébé, Mélicerte).

Ovide, Métamorphoses, IV, v. 481-511



Les pratiques de la magie dans la littérature latine