Circé se venge de Scylla.

Furieuse de voir repousser sa tendresse, en un instant elle broie des plantes vénéneuses et aux sucs horribles qu'elle en tire elle associe des chants où elle fait appel à Hécate ; après s'être enveloppée de ses voiles d'azur, elle passe au milieu de la troupe des bêtes sauvages qui la flattent, elle sort de son palais et, se dirigeant vers Rhégium, en face des rochers de Zanclé, elle se met en route sur les vagues bouillonnantes ; elle y marche comme sur la terre ferme et parcourt à pied sec la surface des flots. Il y avait une anse étroite, aux contours sinueux, où Scylla aimait à se reposer ; elle trouvait dans cette retraite un abri contre l'agitation de la mer et contre les feux du ciel, lorsque le Soleil, au milieu de sa course, était le plus brûlant, lorsque des hauteurs du zénith il avait réduit les ombres à leur plus petite part. La déesse infecte à l'avance cet asile, elle le souille de ses poisons monstrueux ; elle y verse les sucs qu'elle a exprimés de racines vénéneuses et avec un obscur amalgame de mots inconnus elle compose un chant magique que sa bouche murmure trois fois neuf fois. Scylla arrive ; à peine est-elle descendue dans l'eau jusqu'à la taille qu'elle aperçoit autour de ses deux aines une hideuse ceinture de monstres aboyants ; d'abord, ne pouvant croire qu'ils font partie de son corps, elle veut fuir ; elle repousse ces chiens menaçants dont les crocs l'épouvantent ; mais elle a beau fuir ; elle les entraîne avec elle ; elle examine sa personne, cherchant ses cuisses, ses jambes, ses pieds, elle ne trouve à leur place que les gueules béantes d'une meute de Cerbères ; elle ne reste debout que grâce à ces chiens furieux; elle voit au-dessous d'elle les coupes de ces animaux sauvages qu'elle retient assemblés par ses aines mutilées et par ses flancs qui dominent toute la troupe.

Ovide, Métamorphoses, XIV, v. 42-67



Les pratiques de la magie dans la littérature latine