Circé poursuit Picus

Elle s'écrie : "Non, tu ne m'échapperas pas, quand même les vents t'emporteraient, si seulement je me connais, si toute la vertu de mes plantes ne s'est pas évanouie et si mes incantations ne trompent pas mon attente !" Elle dit et fait apparaître un fantôme de sanglier, ombre vaine et sans corps qui, par son ordre, s'en va passer devant les yeux du roi et semble s'enfoncer dans l'épaisseur du bois, là où les troncs des arbres plus serrés ne permettent point à un cheval de se frayer un chemin. À l'instant même Picus abusé poursuit cette proie imaginaire ; vivement il saute à bas de son cheval écumant et, entraîné par un espoir chimérique, il erre à pied dans les profondeurs de la forêt. Circé récite des prières, elle profère des paroles magiques, elle invoque des divinités mystérieuses dans un chant non moins mystérieux qui lui sert d'ordinaire à obscurcir la blanche face de la Lune et à tisser devant la tête de son père un voile de nuages altérés d'eau. Alors aussi, à ses accents le ciel se couvre ; la terre exhale d'épais brouillards ; les compagnons du roi se perdent au milieu des ténèbres et ses gardes le laissent seul.

Ovide, Métamorphoses, XIV, v.355-371



Les pratiques de la magie dans la littérature latine