Circé se venge des dédains de Picus

Elle se tourne deux fois vers le couchant, deux fois vers le levant ; trois fois elle touche le jeune homme de sa baguette et elle prononce trois incantations. Il fuit ; mais il s'étonne lui-même de courir plus vite que de coutume ; il voit des plumes sur son corps ; c'est un nouvel oiseau qui est devenu tout à coup un hôte des forêts du Latium ; indigné de cette métamorphose, il frappe de son bec dur les arbres incultes et il blesse avec colère leurs longues branches. Son plumage a contracté la couleur de sa chlamyde de pourpre ; la fibule d'or qui mordait son vêtement s'est changée en plumes qui forment devant son cou une bordure d'or fauve ; de ce qui appartint jadis à Picus il ne lui reste plus rien que son nom.

(Les compagnons de Picus réclament à Circé leur roi)

Alors elle répand autour d'eux des substances pestilentielles et des sucs vénéneux ; elle invoque la Nuit, les dieux de la Nuit, l'Érèbe, le Chaos et elle adresse des prières à Hécate, avec de longs hurlements. Les forêts (ô merveille!) bondissent hors de leur emplacement, la terre gémit, les arbres du voisinage pâlissent, l'herbe est trempée de gouttes de sang ; les rochers poussent de rauques gémissements ; les chiens aboient ; le sol est souillé de serpents hideux et dans les airs voltigent les âmes subtiles des morts silencieux. Toute la troupe des chasseurs reste saisie d'horreur devant ces prodiges ; Circé touche de sa baguette magique les têtes de ces jeunes gens épouvantés ; à son contact, par un nouveau prodige, ils sont changés en bêtes sauvages de diverses espèces ; aucun d'eux n'a conservé sa véritable forme.

Ovide, Métamorphoses, XIV, v. 386-396 et 403-415



Les pratiques de la magie dans la littérature latine