Ému par les plaintes de la génisse Io, Jupiter obtient de son épouse que la princesse retrouve forme humaine.

Dès qu'elle (= Io) a atteint le fleuve (= le Nil), elle tombe à genoux sur ses bords ; le cou renversé en arrière, elle dresse la tête et, levant sa face vers le ciel (c'était tout ce qu'elle pouvait lever), par ses gémissements, par ses larmes et par de lamentables mugissements elle semble se plaindre à Jupiter et lui demander la fin de ses maux. Le dieu, après avoir entouré de ses bras le cou de son épouse, la conjure de mettre un terme à un si long châtiment : "Pour l'avenir, lui dit-il, bannis toute crainte ; jamais elle ne te causera de chagrin" ; et il prend les étangs du Styx à témoins de son serment. La déesse apaisée, Io reprend aussitôt sa première forme ; elle redevient ce qu'elle était auparavant ; ses poils tombent de son corps, ses cornes décroissent, l'orbite de ses yeux se rétrécit, sa bouche se resserre, ses épaules et ses mains reparaissent et chacun de ses sabots s'évanouissant est remplacé par cinq ongles ; de la génisse il ne lui reste que son éclatante blancheur ; les services de deux pieds suffisent à la nymphe ; elle se redresse mais elle évite de parler dans la crainte de mugir comme une génisse ; elle essaie timidement de retrouver le langage qui lui a été si longtemps interdit.

Ovide, Métamorphoses, I, v. 729-746



Les pratiques de la magie dans la littérature latine