Les agissements d'Érichto

Elle enlève du milieu des bûchers les restes fumants des jeunes gens et leurs ossements brûlants, la torche même que tenaient les parents et les morceaux du lit sépulcral d'où volait une noire fumée ; elle recueille les vêtements qui tombent en poussière et les cendres qui conservent l'odeur des membres. Mais quand les corps sont gardés sous des pierres où s'absorbe le liquide intérieur, et durcissent, vides d'une moelle corrompue, alors elle s'acharne avidement sur tous les membres, plonge ses mains dans les yeux, se plaît à crever des globes glacés et ronge les pâles excroissances de la main desséchée. [...] Auprès de tout cadavre qui gît sur la terre nue elle est assise avant les bêtes et les oiseaux, et elle ne veut pas dépecer les membres par le fer ni de ses mains, mais elle attend la morsure des loups pour arracher leurs articulations à leur gosier desséché. Ses mains ne s'abstiennent pas d'un meurtre s'il faut du sang vif, le premier qui sorte de la gorge et si les repas funèbres réclament des entrailles palpitantes. Ainsi par la blessure du ventre et non par où la Nature l'appelait, elle arrache le fruit maternel pour le placer sur des autels fumants, et toutes les fois qu'il est besoin d'ombres sauvages et énergiques, elle-même fait des mânes : toute mort d'homme est utilisée.

Lucain, Pharsale, VI, v. 533-540 et 550-561



Les pratiques de la magie dans la littérature latine