La consultation : à la recherche du "bon" cadavre et préliminaires

Elle dit, redouble par son art les ténèbres de la nuit et, sa tête lugubre couverte d'un sombre nuage, elle erre au milieu des corps d'hommes tués qu'on a jetés là sans leur accorder de sépulture. Aussitôt s'enfuirent les loups, s'enfuirent, en rentrant leurs serres, des oiseaux inassouvis, pendant que la Thessalienne choisit son prophète, et, fouillant les moelles glacées par le trépas, trouve les fibres d'un poumon gonflé et sans blessures, et cherche une voix dans un corps défunt. [...] Elle choisit enfin un corps dont la gorge est traversée ; introduisant un crochet dans des noeuds sinistres, elle traîne par les cailloux, par les rochers, le malheureux cadavre qui va revivre et il est placé sous la haute roche d'un mont caverneux, que la sombre Érichto avait condamné à ces cérémonies. [...]

Dès lors elle remplit d'un sang bouillant la poitrine ouverte par de nouvelles blessures, elle lave les moelles de leur corruption et leur fournit en abondance le virus lunaire. Elle y mêle tout ce que la nature a produit dans un sinistre enfantement. Il n'y manque ni l'écume des chiens qui redoutent l'eau, ni les viscères du lynx, ni l'épine rigide de l'hyène et les moelles de cerf nourries de serpent ; [...] après avoir mélangé les fléaux vulgaires avec ceux qui ont un nom, elle y ajoute des feuillages imprégnés d'un charme impie et des herbes qui, à leur naissance, reçurent la salive de sa bouche sinistre et tout le venin qu'elle-même a donné à l'univers. Alors sa voix, plus puissante que toutes les herbes pour évoquer les dieux du Léthé, murmure d'abord de sons discordants et bien différents du langage humain. Elle a l'aboiement des chiens et le hurlement des loups, la plainte du hibou tremblant ou de la strige (= vampire) nocturne, le grincement ou le grognement des bêtes sauvages, le sifflement du serpent, elle rend les battements de l'eau qui se brise sur les écueils, le bruissement des forêts et le tonnerre de la nuée qui crève : tant de choses forment une seule voix.

Lucain, Pharsale, VI, v. 624-695 passim



Les pratiques de la magie dans la littérature latine