La magicienne se transforme en oiseau

Photis, au comble de l'agitation, arrive en courant et m'annonce que sa maîtresse, voyant que les autres moyens n'avançaient toujours en rien ses affaires de coeur, devait, la nuit suivante, revêtir un plumage d'oiseau et prendre ainsi son vol vers le désiré. "Prépare-toi donc, ajouta-t-elle, avec précaution à observer ce grand événement." Environ la première veille de la nuit, marchant sur la pointe des pieds et sans faire aucun bruit, elle me conduit elle-même à la pièce du haut et m'invite à regarder par une fente de la porte. Et voici la scène dont je fus témoin. Après s'être d'abord complètement dévêtue, Pamphilé ouvrit un coffret et y prit plusieurs boîtes, ôta le couvercle de l'une d'entre elles, en tira une pommade dont, en se frottant longuement avec ses mains, elle s'oignit tout le corps, du bout des ongles au sommet de la tête ; puis, à la suite d'un long conciliabule avec sa lampe, elle agite ses membres d'un mouvement saccadé. Et, tandis qu'ils battent l'air doucement, on voit onduler peu à peu un moelleux duvet, croître de fortes plumes, se durcir un nez recourbé, s'épaissir des ongles crochus. Pamphilé devient hibou. Alors avec un cri plaintif et pour s'essayer, elle se soulève de terre par bonds progressifs, puis bientôt s'élance dans les airs et, à tire-d'aile, s'éloigne.

Apulée, Métamorphoses, III, 21



Les pratiques de la magie dans la littérature latine