Une transformation vraiment inattendue

(Photis a dérobé à la hâte une boîte d'onguent pour la donner à Lucius qui veut se transformer en... Cupidon muni d'ailes)

Je saisis la boîte et la baise, je la requiers de m'accorder la faveur d'un vol heureux ; puis, ôtant à la hâte tous mes vêtements, j'y plonge avidement les mains, puise une bonne dose d'onguent, en frotte toutes les parties de mon corps. Et déjà je faisais l'oiseau, m'essayant à balancer alternativement mes bras ; de duvet, cependant, et de plumes, pas trace ; mais mes poils, oui, s'épaississent en crins, ma peau tendre durcit comme cuir ; à l'extrêmité de mes mains, le compte se perd de mes doigts, tous ramassés en unique sabot, et du bas de mon échine sort une longue queue. Me voici maintenant avec une face monstrueuse, une bouche qui s'allonge, des narines béantes, des lèvres pendantes ; mes oreilles, à leur tour, grandissent démesurément et se hérissent de poils. Désastreuse métamorphose... [...] Dépourvu de tout moyen de salut, je considérais mon corps sous tous ses aspects, et n'apercevant en fait d'oiseau qu'un âne, je maudissais la conduite de Photis, mais n'ayant plus de l'homme ni la voix ni le geste, j'étais réduit, ne pouvant faire plus, à la regarder de côté, la lippe pendante, les yeux humides, et à lui adresser des reproches muets.

Apulée, Métamorphoses, III, 24-25



Les pratiques de la magie dans la littérature latine