La joie de retrouver sa forme humaine

(Au cours d'une cérémonie, le prêtre d'Isis, averti par la déesse, porte à la main une couronne de roses qui doit mettre fin au supplice de Lucius)

Le prêtre [...] avançant la main de lui-même, mit la couronne à la portée de ma bouche. Alors, palpitant d'émotion, et mon coeur battant à coups redoublés, je saisis avidement cette couronne, étincelante des fraîches roses dont elle était tressée, et je la dévorai, impatient de voir s'accomplir la promesse. Elle n'avait pas menti, la promesse céleste. Ma hideuse face de bête tombe sur-le-champ. C'est d'abord ce poil broussailleux qui s'en va ; puis ma peau épaisse s'amincit, mon ventre obèse se dégonfle, à la plante de mes pieds la corne des sabots laisse émerger des doigts, mes mains ne sont plus des pieds et se prêtent aux fonctions de membre supérieur, mon long cou est ramené à de justes limites, mon visage et ma tête s'arrondissent, mes oreilles énormes retrouvent leur petitesse première, mes dents semblables à des pavés reviennent à des proportions humaines et cette queue surtout qui faisait mon supplice disparue !

(Mais il se retrouve... tout nu ! )

Le prêtre [...] me fit d'abord, d'un signe de tête, donner pour me couvrir un vêtement de lin. Car, sitôt dépouillé de la néfaste enveloppe de l'âne, j'avais étroitement serré les cuisses et y avais soigneusement appliqué les mains pour me protéger décemment, à l'aide d'un voile naturel, dans la mesure où le souffrait ma nudité. Alors un de la pieuse cohorte ôta vivement sa tunique de dessus et se dépêcha de m'en revêtir.

Apulée, Métamorphoses, XI,13 et 14 passim



Les pratiques de la magie dans la littérature latine