Il ne fait pas bon de déplaire à Méroé

"Un de ses amants avait eu l'imprudence de lui faire une infidélité : d'un seul mot elle le changea en castor, afin qu'il eût le sort de cet animal sauvage qui, par crainte de la captivité, se coupe les parties génitales pour se délivrer des chasseurs. Un cabaretier voisin et qui, pour cette raison, lui faisait concurrence, fut changé par elle en grenouille ; maintenant, le vieux nage dans un tonneau et, plongé dans la lie, il salue poliment de coassements rauques ceux qui jadis venaient boire son vin. Une autre fois ce fut un avocat qui avait parlé contre elle : elle le transforma en bélier et maintenant, voilà un bélier qui plaide. La femme d'un de ses amants s'était permis contre elle quelques railleries un peu vives ; cette femme était enceinte : elle emprisonna dans son sein le fruit qu'elle portait, en ralentit le développement, la condamna à une grossesse perpétuelle : et voilà huit ans, au compte de chacun, que la malheureuse traîne son fardeau, le ventre tendu, comme si elle allait accoucher d'un éléphant."

Apulée, Métamorphoses, I, 9



Les pratiques de la magie dans la littérature latine