Hermès fabrique la première lyre

Après qu’il eut jailli des flancs immortels de sa mère, il ne devait pas rester longtemps dans son berceau sacré : au contraire, cet enfant-là, franchissant le seuil de l’antre élevé, se mettait déjà à la recherche des vaches d’Apollon. En ce lieu il trouva une tortue [...] ; d’un pas nonchalant, elle paissait devant la demeure l’herbe fleurie. Le fils bienfaisant de Zeus la considéra, se mit à rire et lui tint aussitôt ce langage : «La riche aubaine que me voilà ! Je ne la dédaigne pas. Salut, beauté charmante qui rythmes la danse, compagne des festins ! Que j’ai de plaisir à te voir paraître ! D’où vient ce beau jouet ? Tu es carapace aux reflets changeants, une tortue qui vit dans la montagne. Hé bien ! je vais te prendre et t’emporter dans ma maison.»[...] La prenant à deux mains, il rentra avec cet aimable jouet. Alors retournant la bête, avec un burin de fer mat il arracha la moelle de vie à la tortue des montagnes. Comme une pensée rapide traverse le cœur d’un homme que hantent de pressants soucis, ou comme on voit tourner les feux d’un regard, ainsi le glorieux Hermès méditait à la fois des paroles et des actes. Il tailla des tiges de roseau à la juste mesure, et les fixa en traversant dans le dos l’écaille de la tortue. Puis, avec l’intelligence qui est la sienne, il étendit sur le pourtour une peau de bœuf, adapta deux bras joints par une traverse, et tendit sept cordes harmonieuses en boyau de brebis. Après avoir si vite construit l’aimable jouet, il en éprouvait les cordes tout à tour, avec un plectre ; et sous ses doigts la cithare rendait un son formidable.

Homère, Hymne à Hermès, v. 20-54


Hermès