Le vol des vaches d’Apollon

Hermès parvint en courant aux montagnes ombreuses de Piérie, où les vaches immortelles des Dieux bienheureux possédaient leurs étables et paissaient des prairies délectables, respectées de la faux. C’est là que le fils de Maia, Argeiphontès à l’œil perçant, amputa le troupeau de cinquante vaches mugissantes. Il les poussait devant lui — piste illusoire ! — à travers le terrain sablonneux, en retournant leurs traces ; il n’oubliait pas ses talents de ruse quand il renversa les empreintes des sabots — les premiers en arrière, ceux de derrière en avant — tandis qu’il marchait lui-même en sens contraire. Il se hâta de jeter ses sandales sur le sable marin et s’en tressa d’autres — étranges, inimaginables — en entrelaçant des rameaux de tamaris et d’une sorte de myrte : c’était un travail merveilleux. Après avoir lié cette brassée de jeune feuillage, il put marcher tranquillement en attachant à ses pieds ces sandales rapides, avec toutes leurs feuilles : voilà ce que l’illustre Hermès arracha aux taillis, évitant, au sortir de la Piérie, la fatigue de la route, comme qui se hâte dans une longue course, avec ces moyens tout personnels.

Homère, Hymne à Hermès, v.69-86


Hermès