L’invention du feu par un si gentil bébé

Le vaillant fils de Zeus poussa dans le fleuve Alphée les vaches au large front de Phoibos Apollon. Les bêtes indomptées parvinrent à une haute étable, et trouvèrent des abreuvoirs au bord d’une prairie magnifique. Alors après avoir rassasié de bonne herbe les vaches mugissantes, pendant qu’elles broutaient le trèfle et le souchet frais de rosée, il les poussa toutes ensemble dans l’étable ; puis il rassemblait beaucoup de bois et cherchait l’art du feu. Il prit une belle branche de laurier et, la tenant bien en main, il la fit pivoter sur du bois de faux grenadier ; un souffle chaud s’en exhala. C’est Hermès qui, le premier, fit jaillir le feu et révéla les moyens d’en faire.[...]

Vers le matin, il revint aux cimes divines du Cyllène sans rencontrer personne sur cette longue route — Dieux bienheureux, ni hommes mortels — et les chiens mêmes ne donnaient pas de voix. Hermès, le fils bienveillant de Zeus, se glissa obliquement par la fermeture de la salle, pareil à la brise d’automne, comme un brouillard. Il se dirigea vers l’autel opulent de l’antre, à pas silencieux : ses pieds ne faisaient pas de bruit, comme il arrive d’ordinaire sur le sol. Bien vite l’illustre Hermès rentra dans son berceau : un lange sur les épaules comme un petit enfant, il reposait, en jouant de la main avec l’étoffe qui serrait ses jarrets, et tenait du côté gauche son aimable tortue.

Homère, Hymne à Hermès, v. 101-111


Hermès