Je jure que je n’ai rien pris !

Hermès prit à son tour la parole au milieu des Immortels, et leva le bras dans la direction du Cronide qui commande à tous les Dieux :

«Zeus père, je vais te dire la vérité : je suis franc et ne sais point mentir. Il est venu chez nous, cherchant ses vaches au pas traînant, aujourd’hui, peu après le lever du soleil : il n’amenait avec lui aucun Dieu qui pût témoigner pour m’avoir vu de ses yeux. Avec beaucoup de brutalité, il m’enjoignait de le renseigner : il m’a vivement menacé de me jeter dans le vaste Tartare parce qu’il possède la tendre fleur d’une glorieuse jeunesse, tandis que, moi, je suis né d’hier — il le sait bien lui-même — et ne ressemble pas du tout à un voleur de bœufs, autant dire un homme vigoureux. Crois-moi ! Tu as l’honneur d’être mon père ! Non, je n’ai pas fait entrer de vaches à la maison — aussi vrai que je veux devenir riche ! Je n’ai même pas franchi le seuil, je le dis en toute franchise. Je suis plein de respect pour le Soleil et les autres Dieux ; je t’aime et lui, je le redoute. Tu sais bien, toi aussi, que je ne suis pas coupable, et ce grand serment couronnera ma défense : NON, par les somptueux portiques des Immortels ! Un jour viendra, un jour où je lui ferai payer, tout fort qu’il soit, sa perquisition impitoyable : mais toi, viens donc au secours de la jeunesse !»

Ainsi parlait, en clignant de l’œil, Argeiphontès du Cyllène : il gardait le lange sur son bras, sans le rejeter. Zeus partit d’un grand éclat de rire, en voyant ce coquin d’enfant nier avec tant d’art et de savoir-faire dans cette histoire de vaches...

Homère, Hymne à Hermès, v.365-390


Hermès