Hermès conduit Priam au baraquement d’Achille

À la vue du vieillard, [Zeus] est pris de pitié. Vite il tourne les yeux vers son fils Hermès et lui dit : «Hermès, tu aimes entre tous servir de compagnon à un mortel ; tu écoutes celui qui te plaît. Va donc, mène Priam aux nefs creuses des Achéens, de façon que nul ne le voie ni ne l’aperçoive de tous les autres Danaens, avant qu’il parvienne au fils de Pélée.»

Il dit ; le Messager, tueur d’Argos, n’a garde de dire non. À ses pieds aussitôt il attache ses belles sandales, divines, toutes d’or, qui le portent sur la mer et sur la terre infinie avec les souffles du vent. Il saisit la baguette au moyen de laquelle il charme à son gré les yeux des mortels ou réveille ceux qui dorment. Sa baguette en main, il prend son essor, le puissant tueur d’Argos, et vite il arrive en Troade, à l’Hellespont. Il se met alors en marche, sous l’aspect d’un jeune prince, chez qui commence à percer la moustache, et dont l’âge entre tous est charmant.

(D’abord apeurés, Priam et le vieux héraut qui l’accompagne entrent en conversation avec le jeune homme qui se prétend l’écuyer d’Achille et se propose comme guide.)

«Je suis prêt à te servir de guide, avec zèle, et jusqu’à l’illustre Argos, aussi bien à bord d’une nef rapide, qu’en t’accompagnant à pied. Nul n’aurait tel mépris de ton guide qu’il osât l’attaquer.» Ainsi dit le dieu Bienfaisant et, sautant dans le char à chevaux, vite il prend en main le fouet et les rênes, en même temps qu’aux chevaux et aux mules il insuffle une noble ardeur. Ils arrivent ainsi au mur et au fossé qui protègent les nefs. Les gardes déjà s’occupent du repas du soir. Sur tous, le Messager, tueur d’Argos, verse alors le sommeil. Sans tarder, il ouvre la porte, en écartant les barres, et il fait entrer Priam, avec les splendides présents que porte le chariot. [...] Hermès Bienfaisant ouvre au vieillard ; il fait entrer les glorieux présents destinés au rapide fils de Pélée, puis il saute du char à terre et dit : «Vieillard, c’est un dieu immortel qui est venu à toi : je suis Hermès. Mon père lui-même m’a placé près de toi, pour te servir de guide. Mais je vais repartir ; je ne m’offrirai pas aux regards d’Achille : on trouverait mauvais qu’un dieu immortel montrât à des mortels faveur si manifeste.»

Homère, Iliade, XXIV, v. 331-348 et 437-464


Hermès