Zeus envoie Hermès signifier à Calypso de relâcher Ulysse

Le Messager aux rayons clairs se hâta d’obéir : il noua sous ses pieds ses divines sandales qui, brodées de bel or, le portent sur les ondes et la terre sans bornes, vite comme le vent et, plongeant de l’azur, à travers la Périe(1) , il tomba sur la mer, puis courut sur les flots, pareil au goëland qui chasse les poissons dans les terribles creux de la mer inféconde et va mouillant dans les embruns son lourd plumage. Mais quand, au bout du monde, Hermès aborda l’île, il sortit en marchant de la mer violette, prit terre et s’en alla vers la grande caverne, dont la Nymphe bouclée avait fait sa demeure.

Il la trouve chez elle, auprès de son foyer où flambait un grand feu. On sentait du plus loin le cèdre pétillant et le thuia, dont les fumées embaumaient l’île. Elle était là-dedans, chantant à belle voix et tissant au métier de sa navette d’or. [...]

Le dieu aux rayons clairs restait à contempler. Mais lorsque, dans son cœur, il eut tout admiré, il se hâta d’entrer dans la vaste caverne et, dès qu’il apparut aux yeux de Calypso, vite il fut reconnu par la toute divine : jamais deux Immortels ne peuvent s’ignorer, quelque loin que l’un d’eux puisse habiter de l’autre.

(Calypso restaure Hermès et lui demande la raison de sa venue)

«C’est Zeus qui m’obligea de venir jusqu’ici, contre ma volonté : qui mettrait son plaisir à courir cette immensité de l’onde amère ? [...] Mais quand le Zeus qui tient l’égide a décidé, quel moyen pour un dieu de marcher à l’encontre ou de se dérober ? Zeus prétend qu’un héros est ici, près de toi, et le plus lamentable de tous ceux qui, sous la grand’ville de Priam, étaient allés combattre. Aujourd’hui, sans retard il faut le renvoyer; c’est Zeus qui te l’ordonne ; car son destin n’est pas de mourir en cette île, éloigné de ses proches.

Homère, Odyssée, V, v.43-114 passim

(1) région située au pied de l’Olympe.


Hermès