Hermès procure à Ulysse une plante magique pour éviter les maléfices de Circé

J’allais arriver à la grande demeure de Circé la drogueuse quand, près de la maison, j’ai devant moi Hermès à la baguette d’or. Il avait pris les traits d’un de ces jeunes gens dont la grâce fleurit en la première barbe. Il me saisit la main, me dit et me déclare : « Où vas-tu, malheureux, au long de ces coteaux ? tout seul et dans ces lieux que tu ne connais pas ? chez Circé, où tes gens, transformés en pourceaux sont maintenant captifs au fond de soues bien closes ? tu viens les délivrer ? tu n’en reviendras pas, crois-moi : tu resteras à partager leur sort. Mais je veux te tirer du péril, te sauver. Tiens ! c’est l’herbe de vie ! avec elle tu peux entrer en ce manoir, car sa vertu t’évitera le mauvais jour. Et je vais t’expliquer les desseins de Circé et tous ses maléfices. Ayant fait son mélange, elle aura beau jeter sa drogue dans ta coupe : le charme en tombera devant l’herbe de vie que je vais te donner. Mais suis bien mes conseils : aussitôt que du bout de sa longue baguette, Circé t’aura frappé, toi, du long de ta cuisse, tire ton glaive à pointe et, lui sautant dessus, fais mine de l’occire ! Tremblante, elle voudra te mener à son lit : ce n’est pas le moment de refuser sa couche ! songe qu’elle est déesse, que, seule, elle a le pouvoir de délivrer tes gens et de te reconduire ! Mais fais-la prêter le grand serment des dieux qu’elle n’a contre toi aucun autre dessein pour ton mal et ta perte.

Ayant ainsi parlé, le dieu aux rayons clairs tirait du sol une herbe, qu’avant de me donner, il m’apprit à connaître : la racine en est noire, et la fleur, blanc de lait ; «molu» disent les dieux ; ce n’est pas sans effort que les mortels l’arrachent ; mais les dieux peuvent tout... Puis Hermès, regagnant les sommets de l’Olympe, disparut dans les bois.

Homère, Odyssée, X, v. 276-311


Hermès