Hermès tente de rappeler Prométhée à la raison

 

Hermès

— Toi — oui, toi, le malin, le hargneux entre les hargneux, l’offenseur des dieux, qui as aux éphémères livré leurs privilèges, le voleur du feu — écoute ! Mon père t’ordonne de parler : quel est cet hymen dont tu fais un épouvantail ? et par qui doit-il être jeté à bas de son pouvoir ? Cette fois, plus d’énigmes ! appelle chaque chose par son nom. Et ne m’inflige pas un second voyage, Prométhée : tu le vois, ce n’est pas ainsi qu’on adoucit Zeus.

Prométhée

— Voilà de bien grands mots et un ton plein de superbe — celui qui convient à un valet des dieux ! [...] Te semblé-je avoir peur et me terrer d’effroi devant les jeunes dieux ? Va donc, hâte-toi, et refais la route qui t’a conduit ici : tu ne sauras rien de ce que tu viens chercher auprès de moi!

Hermès

— Ce sont pourtant ces façons obstinées d’antan qui t’ont conduit à ce mouillage de douleurs.

Prométhée

— Contre une servitude pareille à la tienne, sache-le nettement, je n’échangerais pas mon malheur. J’aime mieux, je crois, être asservi à ce roc que me voir fidèle messager de Zeus, père des dieux ! C’est ainsi qu’à des orgueilleux il sied de montrer leur orgueil !

(Prométhée refuse de répondre)

Hermès

— Considère donc, si mes raisons ne savent te convaincre, quel ouragan, quelle triple lame de maux va t’assaillir, inévitable. Cette âpre cime, d’abord, mon père, avec son tonnerre et la flamme de sa foudre, la fera voler en éclats ; ton corps enfoui n’aura plus d’autre lit que l’étreinte du roc ; et une longue durée de jours s’achèvera, avant que tu reviennes à la lumière. Mais alors le chien ailé de Zeus, l’aigle fauve, taillant férocement ton corps, n’en fera qu’un vaste lambeau — convive accouru sans être invité, qui s’attarde au festin la journée tout entière ! — et du noir régal de ton foie il se repaîtra à loisir.

Eschyle, Prométhée enchaîné, v. 944-1025 passim


Hermès