La mutilation des Hermès à la veille du départ de l’expédition en Sicile (415)

Tandis que les armements se poursuivaient, il arriva que les Hermès en marbre qui se trouvaient dans la ville d'Athènes — on connaît ces blocs taillés quadrangulaires que l’usage du pays a répandus aussi bien devant les demeures particulières que devant les sanctuaires — furent pour la plupart, une nuit, mutilés au visage. Nul ne connaissait les coupables mais, par de fortes primes à la délation, l’État les faisait rechercher, et l’on décréta, en outre, que quiconque aurait connaissance de quelque autre acte sacrilège, devait le dénoncer, sans crainte pour sa personne, qu’il fût citoyen, étranger ou esclave. L’affaire prenait dans l’opinion une grosse importance : elle paraissait constituer un présage pour l’expédition, en même temps qu’appuyer un complot visant à faire une révolution et à renverser la démocratie. Là-dessus une dénonciation, venue de métèques et de gens de service, sans rien révéler au sujet des Hermès, apprend qu’il y avait eu précédemment d’autres mutilations de statues, du fait de jeunes gens qui s’amusaient et qui avaient bu et que, de plus, dans quelques demeures privées, on parodiait outrageusement les mystères. Ces accusations atteignaient entre autres Alcibiade. Aussi trouvaient-elles l’oreille des gens à qui ce même Alcibiade portait particulièrement ombrage en les empêchant de prendre eux-mêmes solidement la direction du peuple. Persuadés que, s’ils réussissaient à le chasser, ils seraient les premiers dans la cité, ils grossissaient les choses et s’en allaient criant que parodie des mystères et mutilation des Hermès visaient également au renversement de la démocratie.

Thucydide, Guerre du Péloponnèse, VI, XXVII-XVIII.


Hermès