Mercure est considéré comme léquivalent
romain dHermès, mais ses
fonctions sont beaucoup moins nombreuses et le dieu est beaucoup
moins complexe que le dieu grec. Cest essentiellement le
dieu du commerce : son nom vient dailleurs du latin merx
(commerce), pluriel merces (marchandises).
Le premier temple de Mercure à Rome fut élevé
en - 496, en dehors du pomerium (enceinte sacrée
de la cité), ce qui semble indiquer une origine étrangère
pour le dieu ou, du moins, pour son culte. Le fait quil
nait jamais eu de flamine (flamen), indique que ce
nétait pas une divinité révérée
à Rome dans les temps les plus anciens. Son arrivée
à Rome se fit sans doute par lintermédiaire
de létrusque Turms avant de connaître
lassimilation ave lHermès grec. Au VIe siècle,
lhégémonie étrusque avait mis, en effet,
Rome en communication avec lextérieur et avait favorisé
les échanges entre lItalie centrale et lItalie
méridionale. Linfluence de la Grande Grèce
se fit alors sentir dans le domaine religieux : après Hercule
(honoré par un culte public à lAra maxima),
que vénéraient déjà les négociants,
apparut, après lexpulsion des Tarquins (- 509), le
culte de Mercure : lædes Mercurii qui se trouvait
sur les pentes de lAventin, près du Circus Maximus,
non loin du port de Rome, centre du trafic, fut consacré
en - 495 (Tite-Live, Histoire romaine)
et, dès le IVe siècle Mercure est assimilé
à lHermès grec mais ne resta pendant longtemps,
en dieu riche en savoir-faire et léger de scrupules, que
le patron des commerçants (Plaute,
Amphitryon). Dans le quartier des marchands se voyait dans
une chapelle sa statue distinguée par la bourse quil
tenait à la main. Il protégeait les mercatores,
grands armateurs dont les navires rapportaient des ports dOrient
épices, teintures somptueuses, tous les produits rares
et coûteux qui vinrent gâter la simplicité
primitive des Romains. Ces mercatores appartenaient en
général à la classe des chevaliers (equites)
; chaque année, au printemps, leurs navires quittaient
les abris terrestres où ils avaient passé lhiver
et, poussés par des vents favorables, ils partaient vers
les ports dAfrique ou de Libye pour en rapporter le blé
que Rome ne faisait plus pousser sur son sol ; ils allaient aussi
en Phénicie pour y chercher la pourpre de Sidon ; ils se
rendaient également vers le pays des Sères (en Asie
centrale) doù ils rapportaient les tissus de soie,
ou vers les pêcheurs de perles de la mer Érythrée.
Peu à peu le Mercure romain se charge de tous les attributs
de lHermès grec (Horace,
Odes): il déploie, comme lui, une activité
inlassable ; il participe, comme ministre ou serviteur, à
toutes les affaires. Il soccupe de la paix et de la guerre,
des querelles et des amours des dieux, des intérêts
généraux du monde, du ciel, sur la terre et dans
les Enfers. Il préside aux jeux, aux assemblées
et conduit les âmes des morts aux Enfers. On peut donc constater
que, comme pour la plupart des dieux romains, Mercure na
pas de mythe proprement dit. Il nest que la «traduction»
dHermès ; on en fait même, par exemple, le
fils du roi Évandre (originaire dArcadie). Dieu de
léloquence et de lart du bien dire, il est
aussi celui des voyageurs ; il devient, lui aussi, le dieu des
carrefours (compita), lieux de tous les destins, et les
Romains prirent lhabitude dy dresser, comme les Grecs,
des bustes semblables aux bustes dHermès. Il rencontre
dans cette fonction le culte, beaucoup plus ancien, des Lares
compitales, les Lares des carrefours ; doù le
rôle joué par Mercure dans la légende de «Lara»
(nom forgé, semble-t-il par Ovide) quil emmène,
dans son rôle de psychopompe, chez les Mânes (Ovide, Fastes).
Jour et nuit Mercure est vigilant, attentif et alerte. Il joue,
bien sûr, le rôle de messager, notamment de Jupiter,
quil aide dans ses conquêtes amoureuses (Plaute,
Amphitryon). Cest en sa compagnie que Jupiter visite
la Phrygie et arrive dans la pauvre demeure de Philémon
et Baucis. Cest lui qui enlève, sur la prière
dÉros et sur lordre de Jupiter, Psyché
jusquau ciel et la dépose dans le palais des dieux.
Comme lHermès grec, il sait rappeler à certains
hommes (toujours de la part de Jupiter) leur devoir : cest
ainsi quil rappelle à Énée sa mission
lorsque celui-ci connaît la tentation carthaginoise (Virgile, Énéide).
À ces qualités déjà si nombreuses,
les hommes, au cours des temps, en ajoutèrent dautres
: il avait, disait-on, formé le premier une langue exacte,
inventé les caractères de lécriture
et trouvé des noms pour une infinité de choses.
Cest ainsi quen Gaule, où de nombreuses traces
du culte de Mercure ont été signalées, le
Mercure celtique passe pour l«inventeur des arts»
(César, Guerre des Gaules).
Celui-ci na rien de particulier mais on lui offrait,
en tant que dieu de léloquence, la langue des victimes
ainsi que du lait et du miel. Il était surtout honoré
en Crète et à Cyllène, en Éolide (son
lieu de naissance). Il avait aussi un oracle en Achaïe :
après avoir parlé au dieu à loreille
pour lui demander ce que lon désirait, on sortait
du temple en se bouchant les oreilles ; les premières paroles
quon entendait ensuite constituaient les réponses
du dieu...
À Rome, les négociants célébraient
une fête en son honneur le 15 mai (son mois), jour de la
consécration de son temple près du Circus Maximus
; ils sacrifiaient une truie pleine, saspergeaient de leau
dune certaine fontaine à laquelle on attribuait une
vertu divine et ils priaient le dieu de favoriser leur trafic
et de leur pardonner leurs petites supercheries...(Ovide,
Fastes)
Il est représenté comme un jeune homme au beau visage, dune taille dégagée, portant une bourse dans la main gauche, un rameau dolivier et une massue dans lautre, symboles respectifs de la paix et de la force, nécessaires pour le commerce et le trafic. Dans dautres statues, outre la bourse, symbole des gains procurés par le commerce, il porte, comme Hermès, le caducée avec deux serpents entrelacés, symbole de sa fonction de héraut. Il porte le pétase et des chaussures munis dailes. Dans quelques peintures on le voit avec la moitié du visage claire et lautre sombre : tantôt il est dans le ciel ou sur la terre, tantôt aux Enfers.
Sous linfluence de lastrologie, Mercure prit une
importance considérable au Moyen Âge, symbolisant
lactivité constante de lintelligence humaine.
Il était considéré comme un médiateur
entre sagesse humaine et sagesse divine.
Le mercure est un symbole alchimique, celui du principe humide,
le yin ; lalchimie chinoise loppose au cinabre
(sulfure rouge du mercure) et lalternance mercure-cinabre,
après plusieurs calcinations, est celle du yin et
du yang, celle de la mort et de la régénérescence.
En Inde, le mercure est un concentré souterrain dénergie
solaire. Le mercure a le pouvoir de purifier et de fixer lor.
Cest une nourriture dimmortalité. La science
du mercure est lexpression dune science de la régénération
intérieure, que nous connaissons sous le nom de yoga.
Mercure désigne aussi une petite planète, la plus voisine du soleil.
Le nom, devenu commun, a désigné, vers le XVIIIe siècle,
dabord un messager damour (souvenir sans doute du rôle de
Mercure dans les amours de Jupiter), puis un écrit périodique,
traitant de politique, de littérature et contenant des informations et
des nouvelles. Le plus célèbre fut le Mercure de France,
né dabord sous le nom de Mercure galant.
Enfin, le mercure est une substance métallique, souvent appelée
«vif-argent», qui rappelle la mobilité et la rapidité
du dieu.
Sur le mot «mercure» a été formé le «mercredi»
(Mercurii dies) et du mot «mercredi» dérive le substantif
«mercuriale». Cétait autrefois une assemblée
du Parlement de Paris, assemblée qui se tenait le premier mercredi après
la St-Martin et le premier mercredi après la semaine de Pâques
; au cours de ces assemblées le premier Président parlait contre
les tromperies et les désordres qui se commettaient dans ladministration
de la justice. Le mot semble avoir été prononcé pour la
première fois par le roi François Ier (Ordonnance
royale). Cest de ce sens que vient la signification actuelle de
«mercuriale» : réprimande, reproche, remontrances que lon
fait à quelquun.
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