Invocation à Mercure

«Assiste-moi, illustre petit-fils d’Atlas, qu’une Pléiade mit jadis au monde pour Jupiter sur les monts d’Arcadie, toi, l’arbitre de la paix et de la guerre pour les dieux du ciel et des enfers, toi qui te déplaces avec des pieds ailés, qui aimes le jeu de la lyre ainsi que la palestre luisante, toi qui sais enseigner l’art de la parole ; à toi, nos pères ont élevé aux Ides un temple qui donne sur le Cirque ; depuis lors ce jour est ta fête(1) . Tous ceux qui par profession vendent des marchandises te demandent, en t’offrant de l’encens, de leur procurer des bénéfices.» Il y a une fontaine de Mercure proche de la porte Capène ; si on veut en croire les gens qui en ont fait l’épreuve, elle possède une vertu. C’est ici que se rend le marchand, sa tunique retroussée ; il fait ses ablutions et, avec une cruche purifiée par fumigation, il puise de l’eau pour l’emporter. Il y trempe une branche de laurier et avec le laurier trempé il asperge tous les objets qui attendent de nouveaux maîtres. Il s’asperge lui-même les cheveux avec le laurier ruisselant et de sa voix habituée à la tromperie il récite cette prière : «Efface mes parjures du temps passé», dit-il ; «efface mes paroles fallacieuses des jours passés ! Si je t’ai pris, moi, à témoin ou si j’ai invoqué faussement la grande divinité de Jupiter qui ne devait pas m’entendre, si j’ai trompé sciemment un autre dieu ou une autre déesse, puissent les vents rapides du Notus emporter mes paroles mensongères ; mais puissé-je me livrer tous les jours à venir à de nouveaux parjures, sans que les dieux du ciel se soucient de ceux que je pourrai prononcer. Accorde-moi seulement de faire des bénéfices, accorde-moi de me réjouir du bénéfice acquis et fais en sorte qu’il me soit profitable de berner l’acheteur.» À pareille requête, Mercure rit du haut du ciel : il se souvient d’avoir soustrait les vaches du dieu d’Ortygie.

Ovide, Fastes, V, v.663-692

(1) Le temple avait été consacré le 15 mai 495 av. J.-C.


Mercure