Prisonnier de l'Etna


Mais tout ce que Zeus n'aime point frémit, en écoutant le chant des Piérides, sur la terre et la mer immense ; et il frémit aussi, celui qui gît dans le Tartare affreux, l'ennemi des Dieux, Typhon aux cent têtes. Jadis il grandit dans l'antre fameux de Cilicie ; aujourd'hui, les hauteurs qui dominent Cumes et opposent leur barrière à la mer pèsent, avec la Sicile, sur sa poitrine velue, et la colonne du ciel le maîtrise, l'Etna couvert de neige, qui toute l'année nourrit la glace piquante.

Du mont sortent, vomies par ses abîmes, les sources les plus pures du feu inabordable, et pendant le jour, ces torrents répandent un flot de fumée ardente ; mais, dans les ténèbres, une flamme rouge roule et entraîne jusqu'aux profondeurs de la plaine marine des blocs de roche, avec fracas. Celui qui fait jaillir ces épouvantables jets d'Héphaïstos, c'est ce monstre. Prodige merveilleux à voir ; émerveillement aussi pour ceux à qui des témoins le racontent, que la fureur de ce captif, qui gît ainsi entre les cimes aux noirs feuillages de l'Etna et le sol, le dos tout lacéré et meurtri par la couche sur laquelle il pose.

Pindare, Pythiques, I, v. 13-28


Typhon