La muse doit être libre...

Ce n'est pas que mon coeur, vainement suspendu,
Balance pour t'offrir un encens qui t'est dû ;
Mais je sais peu louer et ma muse tremblante
Fuit d'un si grand fardeau la charge trop pesante,
Et, dans ce haut éclat où tu te viens offrir,
Touchant à tes lauriers, craindrait de les flétrir.

[...]

Ainsi, dès qu'une fois ma veine se réveille,
Comme on voit au printemps la diligente abeille
Qui du butin des fleurs va composer son miel,
Des sottises du temps je compose mon fiel :
Je vais de toutes parts où me guide ma veine,
Sans tenir en marchant une route certaine,
Et sans gêner ma plume en ce libre métier,
Je la laisse au hasard courir sur le papier.
Le mal est qu'en rimant ma muse, un peu légère,
Nomme tout par son nom et ne saurait rien taire.
C'est là ce qui fait peur aux esprits de ce temps,
Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au-dedans;

Boileau, Discours au Roi, v. 9-12 et 73-84


Les Muses