GUERRES SACRÉES




On appelle guerres sacrées celles qui sont déclenchées par l'amphictionie delphique contre les sacrilèges qui portent atteinte au sanctuaire d'Apollon . On en compte quatre.

La première eut lieu au sixième siècle av. J.C. : Crisa (Crissa, Cirrha  les trois noms sont employés à l'époque classique), située sur le chemin qui mène de Delphes à la mer prétendit avoir le droit de prélever un péage sur les pèlerins. Delphes lui fit la guerre, la vainquit, rasa la ville, consacra son emplacement à Apollon et interdit de cultiver la plaine fertile.

La deuxième eut lieu en 448 av. J.C. : Delphes ayant été prise par les Phocidiens, les Spartiates vinrent à son secours mais les Athéniens rétablirent le pouvoir de la Phocide sur la ville. Delphes recouvra son indépendance au cours de la guerre du Péloponnèse, indépendance garantie par les Athéniens et les Spartiates (paix de Nicias).

La troisième (355-352 av. J.C.), la mieux connue avec la quatrième, est très importante parce que beaucoup de cités grecques y jouèrent un rôle, et par son issue. Les Phocidiens, ayant cultivé la plaine de Crisa, furent frappés d'une lourde amende, à l'instigation des Thébains, alors à la tête de l'amphictionie. Ils refusèrent de payer et s'emparèrent de Delphes (356). L'amphictionie leur déclara la guerre (355). Les Phocidiens remportèrent d'abord des succès importants et agrandirent considérablement leur territoire Les Thébains firent appel à Philippe de Macédoine qui essuya d'abord une défaite en 353. En 352, il vainquit et tua le chef des Phocidiens, Onomarque. Les Athéniens prirent le parti des Phocidiens mais leur intervention fut trop tardive. Elle suffit cependant à dissuader Philippe de tenter de franchir les Thermopyles. Le sort définitif des Phocidiens dont trois mille hommes faits prisonniers avaient été précipités du haut des falaises (ils étaient considérés comme sacrilèges), ne se régla que quelques années plus tard en 346, à la paix de Philocrate. Les Athéniens lâchèrent les Phocidiens sans cependant combattre aux côtés de Philippe contre eux lorsque celui-ci engagea les hostilités contre les Phocidiens qui refusaient de libérer Delphes. Il franchit les Thermopyles, ruine les cités phocidiennes, libère Delphes. L'amphictionie décide du sort des responsables phocidiens : on se contente cette fois de les bannir. La population est dispersée et les Phocidiens sont frappés d'une amende (soixante talents par an jusqu'en 337, dix dans la période suivante) destinée à reconstituer le trésor d'Apollon. Philippe et ses successeurs reçoivent les deux voix dont les Phocidiens disposaient au conseil de l'Amphictionie.

La quatrième eut lieu en 339. À l'instigation des Thébains, Amphissa avait accusé Athènes devant le Conseil amphictionique, en 340, d'avoir commis une faute de caractère religieux en installant une inscription. En fait les Thébains étaient irrités parce qu'il y était rappelé qu'au cours des guerres médiques ils avaient pris le parti des Perses. Eschine, représentant d'Athènes, retourna la situation : il montra que les gens d'Amphissa étaient des sacrilèges, eux qui cultivaient la plaine de Crisa. Le Conseil amphictionique condamna Amphissa et envoya des troupes pour dévaster les terres cultivées. Cette entreprise ayant échoué, le Conseil amphictionique fit appel en 338 à Philippe qui intervint aussitôt, s'empara d'Amphissa puis se retourna contre Thèbes, nouvellement alliée avec Athènes. Thébains et Athéniens furent vaincus à Chéronée. Philippe était désormais le maître de la Grèce...


 GRECS et PERSES  De Mantinée (362) à la mort de Philippe de Macédoine (336)