Les Grecs en Asie Mineure, des origines jusqu'en 546 av. J.C.

Vers la fin du IIIe millénaire, des Indo-Européens*, les Hellènes, ont envahi par vagues successives le pays que nous nommons, à la suite des Romains, la Grèce, et établi leur domination sur les peuples primitivement installés dans cet espace continental et insulaire.

C'est seulement à partir de la fin du XIe siècle que se produit un mouvement migratoire vers l'Asie Mineure. Certains s'installent dans les îles de la mer Égée, les Cyclades, les autres sur les côtes du continent, sans jamais pénétrer profondément à l'intérieur du pays ni entrer, au début du moins, en conflit avec les occupants.

Cet espace se divise en trois parties. Celle qui est située entre les détroits de la Propontide (= avant le Pont-Euxin), de nos jours la mer de Marmara, et le fleuve Hermos (= Gediz) est peuplée par des Éoliens venus de Thrace et de Béotie (Éolide), celle qui est comprise entre l'Hermos et le Méandre (= Güyükmenderes) par des Ioniens originaires de l'Attique et de l'Eubée (Ionie), la région méridionale, située au Sud, par des Doriens (Doride). Tous ces peuples sont grecs mais ils se distinguent les uns des autres par leur dialecte .

L'organisation politique des cités reproduit celle des cités de la Grèce continentale. L'évolution des institutions est identique : à des monarchies succèdent des oligarchies, mais la tyrannie s'impose dans un très grand nombre de cités vers la fin du VIIe siècle. Thrasybulle (vers 600) à Milet, Polycrate (532-522) à Samos sont deux exemples illustres.

Ces cités n'ont que des liens très lâches avec leurs voisines, même quand elles se regroupent en une ligue (en Ionie, douze villes, dont Milet, Éphèse, Phocée, Samos, Chios sont les plus connues), ce qui les placera en position de faiblesse quand il leur faudra faire face à des puissances ennemies, à partir du VIIe siècle (les Lydiens, les Cimmériens et surtout les Perses à partir de 546). Ces cités sont prospères et leur prospérité s'accroît des relations qu'elles entretiennent avec les colonies qu'elles fondent, parfois très loin (par exemple Marseille fondée par Phocée), surtout avec celles du Bosphore et du Pont-Euxin. Les richesses matérielles favorisent l'épanouissement d'une vie intellectuelle et artistique remarquable. Les Présocratiques de l'Ionie précèdent ceux de l'Italie du sud : ces philosophes de l'époque archaïque, qui ont vécu du VIIIe siècle au début du Ve siècle (Thalès, Anaximandre, Anaximène, tous les trois de Milet, Héraclite d'Éphèse) sont mathématiciens, astronomes, physiciens. À Mytilène, dans l'île de Lesbos, naît et trouve son accomplissement le lyrisme individuel (Alcée, Sappho). Dans le domaine de l'architecture, on commence à construire des temples en pierre qui remplacent les édifices en argile ou en bois ( fin du VIIIe siècle, temple d'Artémis à Éphèse), au VIe siècle surgissent des temples d'ordre dorique ou ionique en Asie Mineure et dans le reste du monde grec. Dans celui de la statuaire, on utilise, outre la pierre, le marbre et le bronze (technique de la fonte creuse à partir du milieu du VIe siècle). Les arts dits mineurs, comme la céramique ou l'orfèvrerie, s'épanouissent aussi et témoignent de l'influence de l'Orient.

Les cités d'Asie Mineure avaient pour principal voisin le royaume de Lydie, riche et prospère, avec lequel elles entretenaient des relations commerciales suivies. Gygès qui régnait dans le début du VIIe siècle, mit en _uvre, semble-t-il, une politique d'alliance et de conquête. Grecs et Lydiens s'unirent pour lutter contre un ennemi commun, des envahisseurs venus du Nord, les Cimmériens, qui ravagèrent la Lydie et le territoire des cités grecques (destruction de la ville de Magnésie et du temple d'Artémis à Éphèse). Gygès périt au cours d'une bataille. Le danger écarté, les successeurs de Gygès rétablirent leur royaume et placèrent sous leur tutelle les cités grecques. Celles-ci devaient verser un tribut et fournir un contingent militaire en cas de besoin mais elles se gouvernaient elles-mêmes. Les Lydiens se laissèrent gagner par l'hellénisme : ils se montraient respectueux des dieux grecs dont ils enrichissaient les temples par des dons jusque dans la Grèce continentale ( à Delphes en particulier). Cette domination étrangère ne gêna en rien le développement des cités.

Crésus, inquiet de l'expansion de la puissance perse, prit les devants après la révolution de 549 qui avait permis à Cyrus d'assurer la domination des Perses sur les Mèdes. Sous le prétexte de venger Astyage, le roi vaincu, il entreprit de faire campagne au delà du fleuve Halys (=Kizil) et pénétra en Cappadoce. Vaincu et fait prisonnier il dut sa vie sauve à la générosité de son vainqueur. Cyrus annexa le royaume lydien et établit sa domination sur les cités grecques qui avaient pris le parti de Crésus mais n'avaient offert qu'une faible résistance à l'envahisseur.



GRECS et PERSES