Les Grecs d'Asie Mineure sous la domination perse

Les cités grecques d'Asie Mineure font désormais partie de la satrapie de Lydie. Le passage sous la domination perse ne va pas entraîner de grands bouleversements dans leur existence. Pendant une cinquantaine d'années, elles continuent de se gouverner elles-mêmes, non sans parfois de graves troubles intérieurs (les Perses toutefois voient d'un oeil plus favorable la tyrannie, comme celle de Polycrate à Samos), elles continuent de s'enrichir sur le plan économique et de s'épanouir dans les domaines de la vie artistique et intellectuelle. Le tribut qu'elles versent n'est pas plus lourd que celui demandé par les rois lydiens.

Cependant une évolution dans les rapports entre les Grecs et les Perses va se dessiner progressivement et aboutir à un antagonisme conflictuel : elle est liée à l'expansion de l'empire achéménide, voulue et vigoureusement engagée par Cyrus (mort en 529 dans une expédition guerrière), par son fils Cambyse, tôt associé au pouvoir (529-522) et par Darius le Grand (522-486). Cyrus, après sa victoire sur Crésus soumet les cités de l'intérieur (prise de Babylone en 538). Il laisse agir à l'ouest ses gouverneurs à qui il a confié la région, ses ambitions le portant ailleurs. Le monde grec ne lui était pas inconnu (il avait envoyé des ambassadeurs à Sparte et consulté l'oracle de Delphes) mais il lui demeurait étranger. En accédant à la côte, l'empire perse devient une puissance maritime : les flottes des cités grecques passent à son service et les Perses créent leur propre flotte, qui se développe considérablement et devient un instrument essentiel de leur politique. Les îles grecques sont conquises (Chypre, Samos...). L'empire touche aussi à la mer par l'annexion de la Phénicie, d'où part Cambyse pour conquérir l'Égypte. Darius assure la sécurité de l'empire en lançant une expédition contre les Scythes d'Europe en 513, au nord de l'Ister (=Danube), crée la satrapie de Thrace et annexe les cités de la Propontide, dont Byzance, colonie de Milet et porte du Pont-Euxin. Peut-être conçoit-il, dès cette époque le projet d'établir sa domination sur toute la Grèce.

Des cités grecques donc, de plus en plus nombreuses, étaient soumises aux Perses mais l'expédition contre les Scythes avait montré que leur empire n'était pas invulnérable. Darius n'avait pas vaincu ce peuple, qui s'était dérobé dans l'immense espace de la steppe, son domaine. Il avait été obligé de battre en retraite et la nouvelle s'en était répandue. D'autre part, c'était grâce à des ingénieurs grecs qu'il avait franchi sur des ponts de bateaux les détroits et l'Ister : on le savait. Organisateur rigoureux d'une administration efficace, Darius choisit d'imposer plus rudement les cités et le fardeau devenait ruineux et insupportable.

Enfin Grecs et Perses n'avaient pas la même vision du monde et de la société. Le souverain achéménide exerçait sur ses peuples une souveraineté absolue, quasi sacrée, n'ayant au-dessus de lui que la divinité. Aux yeux des Grecs il était un despote, comme les tyrans dont il n'était pas mécontent qu'ils les maintinssent dans le calme pour son propre compte. Or, dans la pensée politique, influencée par la réflexion des philosophes sur le monde physique, se développe le concept d'isonomie (= l'égalité des hommes devant la loi) qui est à l'opposé de l'autorité personnelle d'un seul homme et qui porte en lui le germe du pouvoir démocratique (Eschyle, Les Perses).

Des conflits d'intérêts matériels, la pesanteur d'une domination étrangère, une différence de caractère idéologique vont provoquer en Ionie un soulèvement contre les Perses, qui est lourd de conséquences pour les cités d'Asie Mineure et pour l'ensemble du monde grec.

Cette révolte des cités grecques d'Asie Mineure, qui éveillera un écho chez d'autres peuples de l'empire, éclate en 498. La cité de Milet dont Darius a soumis les anciennes colonies (Byzance et les villes du Pont-Euxin) joue un rôle primordial. C'est elle qui fournit aux coalisés un chef avisé et énergique, Aristagoras, neveu d'un ancien tyran de la ville. En 498 les coalisés s'avancent jusqu'à Sardes, capitale de la Satrapie, et l'incendient, sans pouvoir cependant réduire la citadelle. Succès éphémère. Sur terre les Perses s'emparent des villes grecques les unes après les autres, sur mer ils vainquent la flotte ionienne près de l'îlot de Ladé. Ils détruisent la ville de Milet et réduisent la population en esclavage (494). Milet ne retrouvera qu'à l'époque hellénistique, deux siècles plus tard, une économie florissante mais non son rayonnement d'autrefois. La défaite des révoltés s'explique par la réaction particulièrement rapide de Darius, qui a compris notamment que la lutte décisive se livrerait sur mer et a pris des mesures en conséquence, et la défection de certaines cités, imputable aux intrigues des Perses et à l'usure des mouvements de résistance, Quant à Aristagoras, ayant compris, dès 496, lorsque Darius entreprit de construire en Phénicie de nouvelles flottes, que la situation était désespérée, il avait renoncé à la lutte et s'était retiré en Thrace, où il périt dans un combat. Les cités continentales ou n'avaient pas bougé (Sparte) ou, au mieux, avaient envoyé un faible soutien naval (Athènes, vingt navires, Érétrie quatre). Les Athéniens ont été frappés profondément par les événements d'Asie, qui leur font découvrir la puissance perse et leur inspirent de la crainte. Dès 493, sous l'impulsion de Thémistocle, archonte, ils entreprennent la construction d'un port au Pirée. Darius usa d'une modération relative : il imposa aux cités grecques un tribut mais il leur laissa leur autonomie.



GRECS et PERSES