Grecs et Perses pendant la guerre du Péloponnèse (431-404)

Depuis la fin des guerres médiques, les cités grecques ne cessèrent de s'affronter, sauf à l'occasion de courtes trêves. au cours desquelles elles reconstituaient leurs forces, au terme desquelles les hostilités reprenaient. C'est à l'occasion d'une de ces trêves que les Athéniens s'étaient lancés dans des expéditions contre les Perses. Par sa politique expansionniste, Athènes avait cristallisé les haines de cités déjà souvent mal disposées à son égard, par sa brutalité elle s'était aliéné bien des alliés. Dans ces affrontements, dans ses expéditions lointaines, elle perdait beaucoup d'hommes, ses ressources s'amenuisaient. En 446, au terme de la trêve dont il a été question plus haut, les Péloponnésiens envahirent l'Attique, ce qui décida Périclès, le nouveau dirigeant des affaires, à passer un accord avec Sparte, au terme duquel les deux cités s'engageaient à s'abstenir de recourir à la force pour régler leurs différends. Quinze ans plus tard commençait la guerre du Péloponnèse dont Athènes sortit complètement ruinée.

Il n'est pas dans nos intentions de dégager ici les causes immédiates de cette guerre ni les péripéties de ce conflit d'une importance capitale dans l'histoire de la Grèce. Nous ne retiendrons des événements que ceux auxquels sont mêlés les Perses. Ils ne jouèrent un rôle que dans les dernières années, à partir de 412. Il est vrai que les hostilités se déroulaient jusque là loin de chez eux et de leur zone d'influence.

Plusieurs faits expliquent leur intervention :

- Artaxerxès II est mort en 425. Son successeur, Darius II Ochos, a l'ambition de rétablir son pouvoir sur les cités grecques d'Asie Mineure et la zone franche de soixante dix kilomètres à l'intérieur des terres. Cependant, dans un premier temps, il a accepté de signer un traité d'amitié que lui avaient proposé les Athéniens, soucieux d'assurer leur tranquillité dans ces parages (425). Après les événements de Sicile, il ne s'est plus tenu de rester neutre.

- les Athéniens viennent en effet de subir un désastre en Sicile et leur puissance en sort considérablement amoindrie au point que les Spartiates, campent en Attique et ravagent le pays. En Asie Mineure, leur influence recule. Beaucoup de cités de la confédération font défection, ses alliés épisodiques (Argos) l'abandonnent. Sur le plan intérieur, la situation politique est instable, la démocratie est en crise, certains prônant un régime oligarchique, d'autres une démocratie restreinte. Des troubles, des attentats (affaire des Hermès) se produisent, des assassinats sont fomentés. Les régimes se succèdent au gré des événements.

- Les Spartiates marquent leur volonté de jouer un rôle accru et de supplanter les Athéniens dans la même région, cela au prix de l'oubli des luttes menées en commun contre le barbare et de la gloire acquise dans ces guerres pour la liberté de la Grèce, et en faisant une alliance avec les Perses visant à la destruction de l'empire athénien et à restituer au Grand Roi les villes grecques ayant appartenu à Darius -"traité scandaleux", écrit J. Hatzfeld- mais ils n'ont pas les moyens de leur politique ni les hommes de guerre capables de conduire les opérations qui leur permettraient de l'emporter définitivement. Succès et revers se succèdent pour les uns et pour les autres. Au bord de la famine en 411, Athènes se redresse en 410.

Quelle politique les Perses vont-ils mener ? Notons d'abord qu'elle est dirigée par deux satrapes de grande valeur, Pharnabaze et Tisssapherne, agissant sur les ordres du roi, puis placés sous l'autorité d' un des fils du roi, Cyrus le jeune (à partir de 408). (cf. l'exposé sur L'Anabase). Après une période, au cours de laquelle ils ont tenu la balance égale entre Athéniens et Spartiates, ils ont pris le parti de ces derniers en traitant avec eux (cf. plus haut) et en leur fournissant les subsides nécessaires à la construction et à l'entretien d'une flotte. En échange de l'or perse, les Spartiates reconnaissent la souveraineté du Grand Roi sur les cités et les peuples d'Asie Mineure. L'or perse dorénavant jouera un rôle essentiel dans la vie politique des Grecs non seulement dans les dernières années du Ve siècle mais dans le cours du IVe. Les Spartiates ont eu aussi le bonheur de trouver dans la personne de Lysandre un homme de guerre d'une valeur exceptionnelle. Les Athéniens remportèrent une victoire sur la flotte péloponnésienne aux îles Arginuses. Cette victoire resta sans lendemain parce qu'ils ne purent anéantir l'adversaire et parce que, en faisant passer en jugement et en condamnant à mort les stratèges vainqueurs mais coupables de n'avoir pas recueilli les naufragés après la bataille, ils ont affaibli le commandement à un moment où on avait besoin de chefs expérimentés.. Lysandre, au printemps de 405, détruisit la dernière flotte athénienne dans la baie d'Aigos-Potamos. Athènes était définitivement vaincue et n'échappa que de peu à la destruction complète que souhaitaient les Béotiens (404).

" La suite des événements montrera que les Perses furent les seuls gagnants de la guerre du Péloponnèse : à leurs yeux la situation antérieure aux guerres médiques était rétablie " (Histoire grecque de Claude Orrieux et de Pauline Schmitt Pantel).



GRECS et PERSES