TYRAN - TYRANNIE

La tyrannie est un régime politique propre à la Grèce : on appelle tyran tout homme qui, dans une cité, s'empare illégalement du pouvoir et le conserve par la force, au mépris des lois. Le mot (turannos a peut-être été emprunté à une langue de l'Asie Mineure.

Ce type de régime est apparu dans le courant ou à la fin du VIIe siècle (donc dans la Grèce archaïque), quelquefois un peu plus tard, dans un certain nombre de cités de la Grèce continentale, du Péloponnèse, de l'Asie Mineure et dans les îles. Il s'est épanoui au VIe siècle et il avait disparu au Ve siècle, sauf en Sicile. Il est à noter que ce régime nouveau s'installe dans des cités déjà évoluées sur le plan des institutions et de l'organisation de la vie sociale.

Il succède à des régimes aristocratiques, oligarchiques, ploutocratiques ou monarchiques, quelquefois au terme d'une période de troubles. Les tyrans se succèdent les uns aux autres, parfois de père en fils (Pisistrate et ses fils à Athènes). Ils cèdent la place à des régimes aristocratiques oligarchiques, ploutocratiques, voire, plus rarement, monarchiques ou déjà de caractère démocratique. Ils disparaissent aussi du fait d'une puissance extérieure ( en Asie Mineure, conquête lydienne ou perse).

Le tyran n'est pas un inconnu : le personnage est souvent d'origine aristocratique, il a exercé une magistrature dans des conditions légales mais il devient tyran le jour où il oublie de restituer le pouvoir qu'il détient et le conserve pour lui seul, avec un entourage restreint qui lui est entièrement dévoué. Il écarte les représentants de sa classe sociale quand il ne s'en débarrasse pas par l'exil (exil spontané ou provoqué) ou en les mettant à mort. Il gouverne de manière absolue en s'appuyant sur une garde personnelle, ce qui n' a pas empêché un grand nombre de périr de mort violente, le pouvoir revenant alors aux aristocrates. Il lui arrive de protéger le peuple (demos) :les exactions des puissants mais cela ne saurait faire voir en lui un précurseur plus ou moins lointain de la démocratie. C'est son intérêt personnel qui prime; Toutefois son action peut favoriser le développement matériel de sa cité, à laquelle il fait jouer aussi un rôle dans la politique internationale.

La constitution de Sparte (les deux rois peuvent se neutraliser) lui a épargné cette expérience mais Corinthe, Athènes et bien d'autres cités de moindre importance ont été gouvernées par des tyrans. En Asie Mineure et dans les îles, qui nous intéressent particulièrement, les tyrans ont été nombreux, les plus célèbres étant Thrasybule à Milet (fin du VIIe, début du VIe) et Polycrate à Samos (VIe siècle).

Le sens que nous donnons au mot tyran ne rend pas compte du grec mais il n'est pas sans rapport avec lui, le tyran grec étant un maître absolu, violent et cruel comme un tyran moderne. On retiendra toutefois qu'il y eut de bons tyrans : Pittacos de Mytilène et Périandre de Corinthe figuraient au nombre des sept sages. Pour ce dernier du moins, on peut faire quelques réserves.


 GRECS et PERSES  Les Grecs en Asie Mineure, des origines jusqu'en 546 av. J.C.