Une image différente des Perses

Dans l'Économique, Xénophon, par la bouche de Socrate, nous offre une image différente des Perses;

Aurions-nous honte, par hasard, dit Socrate, d'imiter le roi des Perses ? Ce roi, dit-on, convaincu que l'agriculture et l'art de la guerre figurent au nombre des occupations les plus belles et les plus nécessaires, se préoccupe de l'une et de l'autre avec une égale ardeur [...] Pour les travaux guerriers, il s'en occupe avec ardeur, nous en sommes d'accord : chez tous les peuples dont il perçoit un tribut, il a prescrit à chaque gouverneur le nombre de cavaliers, de frondeurs, de voltigeurs (= troupes légères) qu'il doit entretenir ; ils doivent suffire pour maintenir ses sujets dans l'obéissance et pour défendre le pays contre toute agression de l'ennemi [suit une description de l'organisation militaire du pays : un gouverneur a la charge des garnisons et citadelles, le roi lui-même, ou ses fidèles, inspecte ses troupes. Le roi récompense ou punit durement les responsables selon les cas]. Quant à l'état du territoire, toute l'étendue qu'il peut parcourir en personne, il l'examine en personne ; celle qu'il ne peut visiter lui-même, il envoie ses fidèles pour l'inspecter [il s'agit d'un contrôle démographique et économique : les responsables sont soumis au même régime de récompenses et de sanctions...]. Qui plus est, dit Socrate, partout où il séjourne, partout où le conduisent ses voyages, il veille à ce qu'on y trouve de ces jardins appelés "paradis", remplis de tout ce que la terre produit de beau et de bon et il y passe lui-même la plus grande partie de son temps lorsque la saison ne l'en chasse pas.

Xénophon, l'Économique, IV, 4- 13 passim

Dans l'anecdote qui suit, anecdote traduite, ou plutôt adaptée par Cicéron dans son traité De Senectute, XVII, 59, Xénophon raconte la rencontre de Cyrus le Jeune et du Lacédémonien Lysandre. Elle illustre ce que d'autres appellent mollesse des Perses, mais qu'il conviendrait mieux de qualifier de délicatesse ou raffinement.

Eh bien, dit-on, comme Lysandre venait lui apporter les présents des alliés, ce Cyrus, entre autres témoignages d'amitié (c'est Lysandre lui-même qui en a fait le récit, un jour, à un hôte de Mégare), lui a fait visiter lui-même, selon le récit de Lysandre, son "paradis" de Sardes. Lysandre admirait comme les arbres en étaient beaux, plantés à égale distance, les rangées droites, comme tout était ordonné suivant une belle disposition géométrique, comme tant d'agréables parfums les accompagnaient dans leur promenade ; rempli d'admiration, Lysandre s'écrie : " Vraiment, Cyrus je suis émerveillé de toutes ces beautés, mais j'admire encore davantage celui qui t'a dessiné et arrangé tout ce jardin. " Charmé d'entendre ces paroles, Cyrus répond : " Eh bien, c'est moi qui ai tout dessiné et arrangé, il y a même des arbres, ajoute-t-il, que j'ai plantés moi-même." Alors, suivant son récit , Lysandre tourne ses regards vers Cyrus, il voit la beauté des vêtements du roi (dont il sent le parfum), la beauté des colliers, des bracelets, de toute la parure qu'il porte et il s'écrie : " Que veux-tu dire, Cyrus ? C'est toi qui as planté une partie de ce jardin de tes propres mains ? " Cyrus répond : Tu t'en étonnes, Lysandre ? Je te jure par Mithra, que lorsque je me porte bien, je ne vais jamais dîner sans m'être mis en sueur à peiner à quelque travail guerrier ou champêtre, ou sans me mettre toujours de tout coeur à quelque autre exercice. " À ces paroles Lysandre raconte qu'il lui a pris la main en disant : "C'est à bon droit, Cyrus, que tu me sembles heureux, car c'est à ta vertu que tu dois ton bonheur. "

Xénophon, l'Économique, IV,20-24

N.B. Cette rencontre a lieu en 407 av. J.C. Vers la fin de la guerre du Péloponnèse, les Perses étaient devenus des alliés des Spartiates.

Mithra : le dieu du soleil chez les Perses.


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